En Bretagne, que risquent-elles ?

La forêt, un milieu à préserver

N° 425 - Publié le 24 décembre 2024
© HANDOUT / SDIS 29 / AFP
Vue aérienne prise le 7 juin 2023, durant un incendie de forêt près de Saint-Goazec (Finistère).

Entre mauvaise gestion et conséquences du changement climatique, le fonctionnement des forêts est menacé. Les arbres peuvent résister, mais il faut les aider.

« Il n’y a pas un unique danger qui pèse sur les forêts, mais un ensemble de facteurs qui, combinés, les fragilisent. » Annegret Nicolai, écologue à la Station biologique de Paimpont, travaille depuis des années à la préservation de la forêt de Brocéliande, qu’elle connaît presque comme sa poche, tout comme les risques auxquels ces écosystèmes doivent faire face. « En raison du changement climatique, les sécheresses sont déjà plus fréquentes et plus intenses. La croissance des arbres est réduite sous l'effet du stress hydrique, le risque d'incendie est plus fort... On assiste à un dérèglement généralisé. »

15 à 16 % de la région est boisée


Si les 430 000 hectares de la canopée bretonne sont encore épargnés par les épidémies et les parasites, « la forêt de Brocéliande, par exemple, est un secteur à risque, qui a déjà brûlé cinq ou six fois depuis les années 1980 et qui brûlera à nouveau dans les années à venir », explique Julien Blanchin, ingénieur forestier au Centre régional de la propriété forestière, à Rennes. 
En Bretagne, les forêts sont avant tout victimes, depuis plusieurs siècles, de leur premier fardeau : la déforestation au profit des cultures et de l’élevage. Cela en fait une zone historiquement bien plus agricole que sylvicole. « Seulement 15 à 16% de la région est boisée, bien en-deçà de la moyenne nationale, qui est d’environ 30% ».

Malgré tout, leur étendue augmente de plus de 3 000 hectares par an grâce à la déprise agricole qui permet une recolonisation naturelle du territoire ainsi qu’aux différents programmes de reboisement. « En implantant des essences adaptées aux sols et aux conditions climatiques à venir, par exemple en remplaçant le chêne pubescent par le chêne pédonculé, il est possible de participer à la reconstitution d’une forêt mélangée et adaptée à son milieu , donc plus résiliente face au changement climatique », poursuit l’expert.

Allô forêt bobo ?


La croissance des forêts bretonnes ne dit toutefois pas grand-chose de leur santé. « Les plantations d’arbres sont productives, mais on constate que les forêts ne sont pas toujours bien fonctionnelles, écologiquement parlant », nuance Annegret Nicolai. La chercheuse cite notamment les plantations de pins monospécifiques, intéressantes pour le bois d’œuvre ou de chauffage grâce à leur croissance rapide. Problème : ces forêts hébergent une biodiversité limitée et sont très exposées aux invasions biologiques (parasites, champignons, maladies) ainsi qu’aux incendies.

« La mauvaise gestion humaine représente également un grand danger pour ces écosystèmes, alors que la solution est assez simple, diagnostique-t-elle. Plus les forêts seront mixtes, à la fois en termes d’âges et d’essences des arbres, et intégrées dans une mosaïque paysagère riche, plus elles seront résilientes face aux aléas et aux menaces qui vont se multiplier. » Une recette qui, si elle ne promet pas de miracle, pourrait bien aider les forêts, en Bretagne et au-delà, à résister.

Anna Sardin

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