Le retour d’un rare manuscrit médiéval en Bretagne
Actualité
Un livre breton du haut Moyen Âge vient de revenir dans la région. Une opportunité pour des chercheurs, qui y voient déjà une manière d’en savoir plus sur les échanges entre la Cornouaille et les îles Britanniques à l’époque.
Un texte un peu particulier vient de rejoindre les collections de la bibliothèque des Champs Libres, à Rennes. Ce Commentaire sur l’Évangile selon Marc par Bède le Vénérable, un moine anglo-saxon des 7e et 8e siècles, daté d’environ 1100, fait son retour en terre bretonne après 29 ans dans une collection privée de Norvège. L’ouvrage, qui aurait, au 12e siècle, appartenu à l’abbaye de femmes de Locmaria, à Quimper, « a probablement servi à la formation des religieuses », avance Julien Bachelier, maître de conférences en histoire médiévale à l’UBO1. Il fait partie des 250 manuscrits bretons du haut Moyen Âge (750 - 12e siècle) recensés dans le monde. Parmi eux, seulement cinq sont conservés dans la région.
Un parchemin particulier
Son rachat2 est une opportunité pour la recherche. Cyprien Henry, responsable de la mission des archives et du patrimoine culturel au ministère de l’Éducation nationale et historien spécialiste de l’écrit en Bretagne au Moyen Âge, avait déjà fait sa rencontre en 2023, le temps d’une journée, dans la banlieue d’Oslo. Pas assez pour étudier le document en détail, mais suffisant pour remarquer le « grain pelucheux du parchemin, un peu comme du daim », se souvient-il. Pas de doute, il s’agit d’une technique de fabrication importée des îles Britanniques et assez rare sur le continent à cette période, mais dont on avait déjà relevé la trace en Cornouaille Sud. « Cela peut vouloir dire qu’une tradition locale s’est ancrée ici à partir d’un savoir-faire insulaire », avance le chercheur. Plus largement, l’étude approfondie de l’objet, comme sa reliure ou la réglure3, pourrait nous en apprendre plus sur les échanges culturels en Bretagne au haut Moyen Âge.
« On sait bien que la pointe de la Bretagne avait des échanges avec les îles Britanniques mais prouver qu’il existait un lien intellectuel et des transactions de manuscrits serait une belle avancée », poursuit le spécialiste, qui s’attache également à relever les variantes du texte entre plusieurs copies de ce commentaire. « Le texte est bien connu, il en existe de nombreux exemplaires, mais ils sont tous un peu différents », explique Cyprien Henry. Variations de l’orthographe, passages changés, mots intervertis… retrouver les mêmes variantes sur plusieurs manuscrits permet de reconstituer la chaîne de copie, c’est-à-dire de savoir sur quel texte les copistes ont pris modèle.
Traverser la Manche
« Il est probable que le modèle du manuscrit de Locmaria provienne des îles Britanniques, la prochaine étape est d’aller lire le même texte outre-Manche, anticipe l’historien. Si on parvenait à prouver un tel échange, cela casserait un peu l’image stéréotypée d’une Bretagne isolée, sans échanges culturels avec le reste de l’Europe à cette période. » Affaire à suivre, donc…
1. Université de Bretagne Occidentale.
2. Majoritairement financé par le ministère de la Culture.
3. Sorte de quadrillage tracé sur la feuille afin d'y permettre la régularité de l'écriture.
TOUTES LES ACTUALITÉS
du magazine Sciences Ouest