Un navire pour étudier sans déranger

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N° 424 - Publié le 28 novembre 2024
© ANNA SARDIN
Le bateau amarré à son port d’attache, à Saint-Malo.

À Dinard, un bateau doté d'un mini-laboratoire et d'instruments de mesure va permettre aux scientifiques de mieux étudier la biodiversité marine.

15 mètres de long, 4,6 de large. Une coque en aluminium recyclé, une propulsion hybride, des outils scientifiques dernier cri et un intérieur adapté à l’exploration marine au long cours. La Korrigane, amarré sur un ponton du port, est le tout dernier navire, livré en septembre, pour l’usage des scientifiques de la Station marine de Dinard.

Méthodes non-invasives


Ce nouveau chalutier de recherche va remplacer le Louis Fage, construit en 1987 et devenu vétuste. Il constitue « un équipement de pointe pour mener des campagnes d’océanographie côtière de grande envergure », se félicite Éric Feunteun, coordinateur du projet, professeur au MNHN1 et chef de la station marine. Le bateau devrait permettre de faire avancer la recherche sur les méthodes d’échantillonnage non-invasives, pour récolter des informations sur la biodiversité des océans côtiers en limitant les prélèvements et les perturbations du milieu.

« De grands chantiers nous attendent, comme la caractérisation des aires marines protégées, mais aussi l’étude des zones côtières, qui sont des “hotspots” de biodiversité2 en première ligne face aux pollutions et au changement climatique », souligne le scientifique. Pour cela, La Korrigane a de nombreux atouts. En mode électrique, l’embarcation se déplace quasiment sans bruit, ce qui permet de ne pas faire fuir les poissons que l’on veut étudier. Son tirant d’eau3 est faible, elle peut donc se frayer un chemin vers les populations des eaux peu profondes, encore méconnues. Éric Feunteun prévient toutefois : « Le bateau, plus sobre, va moins vite qu’en propulsion diesel, il faut donc que nous adaptions notre fonctionnement, notamment en travaillant durant les temps de trajet ».

À son bord, un mini-laboratoire et des instruments de mesure intégrés permettent de travailler au sec et de réaliser des cartographies de grande qualité. « Beaucoup plus confortable que le semi-rigide ! », juge déjà Anne Mouget, chercheuse en écologie marine à la station. Elle montre fièrement les premiers résultats des sondeurs acoustiques installés sous la coque lors d’une première sortie en mer. Sur son ordinateur, lignes, points et couleurs s’entremêlent. « Grâce aux signaux que nous envoyons sous l’eau, nous collectons des informations bathymétriques4, sur la nature du sol et la faune marine, explique-t-elle. On peut par exemple détecter un banc de poissons, connaître sa position dans la colonne d’eau et sa taille. »

Observer sans déranger


Des cartographies de la biodiversité marine obtenues sans se mouiller les pieds, ou presque : pour savoir quel type de poisson nage sous le bateau, il faut aller voir à l’aide de plongeurs ou de caméras tractées, voire réaliser des prélèvements ciblés. Afin d’éviter cela, les scientifiques de la station voudraient progresser sur l’ADN environnemental5, une méthode qui nécessite un simple prélèvement d’eau de mer pour identifier les espèces présentes. De quoi laisser les poissons tranquilles !

ANNA SARDIN

1. Muséum national d'Histoire naturelle.
2. Zones possédant une grande richesse d’espèces.
3. Hauteur de la partie immergée du bateau.
4. La bathymétrie est la technique qui permet la mesure des profondeurs et du relief de l'océan pour déterminer la topographie du sol de la mer.
5. Fragments génétiques laissés par la biodiversité dans un milieu donné.

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