« Les jardiniers ces savants-artistes »

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N° 424 - Publié le 28 novembre 2024
© ERIC DERVAUX / HANS LUCAS VIA AFP

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Ingénieur agronome et paysagiste de formation, Gilles Clément se définit surtout comme un jardinier. Auteur, artiste, philosophe… il rejette les cases et refuse les jardins trop bien ordonnés, ceux qu’il appelle des « tableaux ».


À loccasion de son passage à Brest les 4 et 5 décembre pour une conférence et une rencontre littéraire, il revient sur sa vision de lécologie à travers quelques notions quil a développées et qui ont marqué la manière dont nous envisageons le paysage.

Pourquoi faisons-nous des jardins ?


Le jardin est à la fois un enclos et un paradis. Il s’agit d’un lieu clos où l’on trouve de quoi manger, où l’on rêve et où l’on s’équilibre. C’est très utile, nous avons besoin de ces endroits. Ils sont nés avec la sédentarisation et avaient à l’origine un rôle vivrier. Puis, leur fonction ornementale est devenue le sujet central, les gens fortunés s’en sont emparés et en ont fait des peintures ou des mises en scène avec des arbres taillés et des touches de couleurs comme le ferait un peintre. Mais ces jardins- tableaux sont marqués par l’ignorance du monde vivant.

Pourtant, on dit parfois que le jardinage est un art, êtes-vous d’accord avec cela ?


Bien sûr, et les vrais jardiniers qui savent discuter avec le monde vivant devraient être mieux payés, ce sont des savants-artistes.

Qui sont ces vrais jardiniers ?


Il est aberrant d’imaginer une vision fixe du jardinage qui consisterait à répéter les mêmes gestes tous les ans. Le vivant ne peut pas être un musée car il est en permanence en mouvement. Un bon jardinier doit observer et comprendre les plantes pour orienter le paysage plutôt que de le contraindre selon un plan de gestion qui relève d’une illusion de la maîtrise. Il faut accompagner en douceur le pouvoir inventif de la nature. Dans le métier de jardinier, en faire le moins possible est utile à tous.

Qu'est-ce que le paysage nous dit de la société ?


Les jardins sont conçus selon des visions du monde, des croyances, des religions mais aussi de plus en plus par rapport aux préoccupations scientifiques liées à leur rôle écologique. Mais d’autres espaces importants sont dévalués. Pourtant, ce sont ceux qui abritent le plus de diversité et que j’appelle le tiers-paysage. Au sommet inaccessible d’une montagne, sur une friche, au bord d’une route ou d’une rivière… ces territoires d’accueil à la biodiversité tuée ou chassée ailleurs sont protégés par la non-intervention de l’Homme. Et ils sont le réservoir génétique de la planète.

La planète, que vous comparez d’ailleurs à un jardin…


En effet, c’est l’idée du Jardin planétaire. Les humains sont partout sur Terre comme le jardinier dans son jardin et des flux incessants transportent des espèces, les mélangent et les redistribuent partout autour du globe, liant étroitement le jardin et le monde. Et puis la planète est aussi un espace où la vie éclot dans une limite fixée, non pas par un enclos, mais par la troposphère. Quand on a saisi ça, on comprend que nous vivons dans un jardin avec huit milliards de jardiniers.

VIOLETTE VAULOUP

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