Entre lumière et discrétion
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La bioluminescence, c’est-à-dire la capacité de certains êtres vivants à produire de la lumière, peut s’avérer problématique pour les activités militaires en mer. D’où l’intérêt de mieux comprendre le phénomène.
C'est au cours d’une nuit sans lune que l’opération est lancée. Sous l'eau, les commandos Marine évoluent furtivement en direction de leur objectif. Équipé de bouteilles d’oxygène, chaque plongeur palme. Mais leurs mouvements perturbent les organismes planctoniques, pour la plupart bioluminescents. Durant une partie de l’année, ces derniers émettent de la lumière à la moindre perturbation physique pour prévenir leurs congénères d’un danger, effrayer un prédateur ou encore se signaler dans le cadre de la reproduction. Si cette bioluminescence a ses avantages pour le plancton, elle met cependant en danger l’équipe de militaires : le halo de lumière provoqué par leurs déplacements sous-marins trahit rapidement leur présence, censée être la plus discrète possible.
Un projet étonnant
C'est là qu'intervient la recherche. Prédire le phénomène lumineux afin d’éviter qu’il ne compromette des interventions à haut risque est l’un des objectifs du projet Biolumops. Lancé en janvier dernier pour une durée de trois ans, il a été présenté fin novembre aux Ateliers des Capucins à Brest, lors du colloque du Service hydrographique et océanographique de la Marine (Shom).
Pour mieux caractériser la bioluminescence, le Shom s’intéresse aux couleurs de l’océan, visibles par photographies satellites. La prolifération soudaine de plancton – un bloom – est un phénomène naturel récurrent pouvant en effet teinter la mer en rouge, vert ou brun. « En cas d’une telle profusion en plein jour il y a un risque accru de bioluminescence la nuit suivante, indique Frédéric Jourdin, ingénieur océanographe au département de géologie marine du Shom et co-coordinateur du projet Biolumops. Faciliter ce repérage depuis le ciel permettrait d’adapter la date de lancement d’une opération militaire furtive. »
Des capteurs sous l’eau
Des gliders, ou planeurs sous-marins, seront également déployés dans la Méditerranée en 2025 et 2026 en collaboration avec le MIO1. Ces engins, sur lesquels différents capteurs de bioluminescence seront fixés, « se déplacent sous l’eau pendant plusieurs semaines », détaille l’ingénieur. Un avantage, puisque cela permettra d’évaluer l’intensité et la durée des phénomènes bioluminescents. Les mesures seront ensuite analysées au regard des trajets des gliders afin de « déterminer les conditions météorologiques et physico-chimiques qui entraînent ce type d’événement, et ainsi ajuster au mieux la date et la zone de passage d’une intervention de l’armée. »
1. Institut méditerranéen d'océanologie.
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