Les secrets d’un tumulus

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N° 423 - Publié le 30 octobre 2024
© UBO
Les scientifiques étudient notamment les traces laissées par les outils sur les pierres.

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À Leuhan, des archéologues ont démonté une tombe recouverte par un tumulus pour l’étudier avec soin et mieux comprendre l’organisation de la société à l’âge du bronze ancien dans la vallée de l’Odet.

Rendez-vous chez Denise. On nous avait dit que la maison n’était pas difficile à trouver. Une ancienne ferme au portail gris à la frontière du Finistère et du Morbihan, à Leuhan. Quelques centaines de mètres plus loin, un champ de maïs dissimule un important tumulus1 de l’âge du bronze ancien (2200 – 1600 av. J.-C.). Mais dans la cour de la ferme, c’est une autre scène qui attire l’attention. Sous la météo capricieuse d’un début d’automne, une drôle d’équipe observe, pèse et mesure des dizaines de pierres soigneusement alignées au sol. Ils sont archéologues, étudiants ou simples bénévoles, comme le frère de Denise, et prennent la tâche très au sérieux. Il faut dire qu’il s’agit là des éléments de la tombe englobée sous le tumulus depuis quatre millénaires.

Remonter le fil


En 2021, Yvan Pailler, professeur en archéologie à l’UBO2 et Clément Nicolas, chargé de recherche au CNRS, ont suivi les traces de Paul du Châtellier, un préhistorien qui a découvert le tumulus en 1900. En étudiant une dalle de schiste gravée retrouvée à l’intérieur, ils en ont déduit qu’il s’agissait de la plus ancienne carte d’un territoire en Europe3. En 2022, les chercheurs ont rouvert la tombe pour tenter d’en percer les nombreux mystères. Comment la sépulture a-t-elle été construite ? Pourquoi la carte a-t-elle été insérée dans la tombe ? Quels sites y sont représentés ? « Pour comprendre la dalle, il faut reconstituer son histoire et avec la sépulture nous en avons la fin », explique Clément Nicolas. Alors, les deux archéologues s’apprêtent à remonter le fil du temps, à reconstituer l’histoire en partant de son dénouement.

Les pierres qui formaient les parois et la couverture de la tombe ont toutes été déplacées à la ferme voisine pour pouvoir les observer sous toutes les coutures. « C’est la première fois qu’une tombe d’une telle importance de cette période est étudiée avec précision dans la région », note Clément Nicolas en soupesant un bloc de schiste : « Comme de nombreuses pierres, il présente des encoches sur certains coins pour bien se caler avec les autres, on voit clairement la trace de l’outil ».

Petit royaume


Au total, les roches proviennent de cinq gisements que les chercheurs veulent maintenant retrouver. « C’est considérable, pourquoi se sont-ils donné tant de mal ?, s’interroge Yvan Pailler. Nous pensons que le territoire représenté sur la carte correspond à un petit royaume à cheval sur les montagnes Noires, et qu’il pourrait s’agir de la sépulture d’une élite dirigeante. » Clément Nicolas complète : « À un moment, la carte est probablement tombée en désuétude et a été réemployée pour former la paroi ouest de la sépulture », où elle a dormi pendant des millénaires avant que des archéologues ne fassent à nouveau entrer le jour dans la tombe. Pas suffisamment toutefois pour éliminer toutes les zones d’ombre…

VIOLETTE VAULOUP

1. Grand amas artificiel de terre ou de pierres dans lequel était englobée la sépulture.
2. Université de Bretagne Occidentale.
3. Lire Sciences Ouest n°388, mai 2021.

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