Le langage : terrain de jeu adolescent
L'adolescence, une crise ?
« La langue a toujours évolué, surtout auprès des jeunes, qui introduisent de nouveaux mots. D’ailleurs dès le 16e siècle, certains les accusent déjà de profondément maltraiter le français », remarque Gudrun Ledegen, sociolinguiste à l’Université Rennes 2. Il faut dire que le langage est un immense terrain de jeu. Dans n’importe quel groupe, de l’argot de métier aux néologismes adolescents, il sert à créer de la cohésion, un sentiment d’appartenance. « Chez les jeunes, le langage a une fonction cryptique, il permet de se faire comprendre de ses pairs mais pas des autres, observe la chercheuse, de se distinguer tout en se reconnaissant. » Jean-Claude Quentel, professeur émérite en sciences du langage de l’Université Rennes 2 voit dans ce foisonnement de la langue l’expression de « la créativité immense propre aux adolescents, qui se traduit aussi ailleurs, dans le style vestimentaire par exemple ».
Vie et mort des mots
D’autres langues se mêlent à la nôtre, des acronymes ponctuent les phrases et les syllabes s’inversent. Des mots naissent, d’autres s’oublient ou changent de sens. Les négations sont avalées, le rythme s’accélère ou s’appesantit au contraire sur certains sons. La langue et la manière dont elle est parlée sont chahutées en permanence, en particulier à l’adolescence. « Parler différemment est une manière de poser sa signature sur le monde, de signaler son existence », analyse Jean-Claude Quentel.
Un phénomène « totalement normal, que l’on retrouve partout dans le monde à cet âge. Par exemple au début du 20e siècle, le cool se disait bath », illustre Gudrun Ledegen. Si le second s’est perdu, le premier est resté dans les bouches.
Il est l’un des rares. « Le renouvellement est tellement fort et rapide que peu de termes ou d’expressions inventés par les adolescents passent dans le langage commun », poursuit la chercheuse. Mais cette effervescence de la langue est peut-être un signe de sa vitalité. « Il n’y a que les langues mortes qui ne bougent pas », souffle Gudrun Ledegen.
TOUT LE DOSSIER
du magazine Sciences Ouest