L'huître pourrait aider la recherche sur le cancer

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N° 422 - Publié le 28 septembre 2024
© ANDREAZ DUPOUE
Larves d’huîtres

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En étudiant la résistance des huîtres à un virus qui frappe les bassins ostréicoles depuis des années, des scientifiques ont fait une découverte surprenante qui ouvre une fenêtre sur la recherche contre le cancer.

Tout a commencé avec un virus. Depuis 2008, l’herpèsvirus de l'huître de type 1 (OsHV-1) entraîne d’importants épisodes de mortalité de mollusques dans le monde entier. Parmi les nombreux scientifiques qui cherchent à mieux comprendre son fonctionnement, Andréaz Dupoué, chercheur en écophysiologie évolutive à l’Ifremer, à Argenton (Finistère), s’est demandé pourquoi certaines huîtres résistent mieux que d’autres au pathogène. « Les facteurs environnementaux qui conditionnent la sensibilité à ce virus sont bien connus, explique-t-il. Moi, je voulais savoir si un bagage hérité des parents pouvait expliquer les différences de sensibilité. »

De l’huître…


Le chercheur vient de co-signer une publication dans laquelle il a étudié les effets de l’âge des parents sur la résistance virale des huîtres. Il y a deux ans, son équipe a croisé des mollusques de plusieurs classes d’âges (jeune, moyen, âgé¹) et observé le développement de la progéniture, leur sensibilité à OsHV-1 et l’effet de l’âge des parents sur les télomères des descendants. Zoomons un instant. Ces extrémités protectrices des chromosomes² s’érodent inévitablement avec le temps. « À chaque fois qu’une cellule se divise pour se dupliquer, on perd un bout de ces télomères, la réplication n’est jamais totale », indique le chercheur. Et passé un certain seuil de raccourcissement, cela déclenche une réaction qui conduit à la mort de la cellule, celle-ci menant à son tour à la mort des tissus : c’est l’une des caractéristiques qui composent le vieillissement³.

Retournons au laboratoire. Les scientifiques ont notamment remarqué que les larves issues d’huîtres âgées survivent moins bien et grandissent plus lentement que les autres et qu’elles sont plus vulnérables face à OsHV-1. Mais la surprise de l’étude est ailleurs. « Nous avons mis en évidence que de manière générale l’exposition au virus activait chez les huîtres une enzyme, la télomérase, qui sert à rallonger les télomères », soulève Andréaz Dupoué.

…à l’être humain


Ce phénomène n’a jusqu’ici été observé que dans une seule autre situation : sur des cellules humaines in vitro face à des virus oncogènes. L’activation de la télomérase est en effet un préalable au développement des tumeurs humaines identifié dans 90 % des cancers. « Elle agit en rendant les cellules cancéreuses immortelles et permet ainsi la croissance des tumeurs », précise le scientifique. Mieux comprendre son mécanisme d’activation est donc essentiel. Et nous disposons désormais d’un modèle prometteur. « Même si cela reste une huître, c’est un organisme vivant et donc complexe, pas simplement des cellules humaines dans une boîte de Pétri qu’on expose à des virus oncogènes. C’est très encourageant », se réjouit Andréaz Dupoué.

Violette Vauloup

1. Les mères avaient 2 ans (jeunes), 6 ans (âge moyen) ou 10 ans (âgées). Et les pères 2 ans (jeunes), 6 ans (âge moyen) et 8 à 9 ans (âgés).
2. Le noyau de chaque cellule abrite des chromosomes, qui contiennent l’ADN.
3. Le mécanisme peut être accéléré ou atténué par des facteurs environnementaux, comme le tabagisme. C’est la raison pour laquelle les fumeurs réguliers ont par exemple un vieillissement accéléré de la peau.

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