Fast-food : l’envers du burger

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N° 422 - Publié le 30 septembre 2024
© LIMITLESS VISIONS / ADOBE STOCK

Derrière le chiffre d’affaires florissant des fast-foods, se cachent des stratégies bien huilées qui poussent à consommer de la viande et vont jusqu’à transformer notre rapport à celle-ci.

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Mc Donald’s est le plus grand acheteur de bœuf et de porc aux États-Unis, KFC celui de poulet. Nul doute que ces entreprises influencent la manière dont la viande est consommée, produite et perçue. « Les fast-foods sont des institutions titanesques du carnisme¹ », résume Rachel Lapicque, chercheuse en études animales à l’Université Rennes 2. Le 3 octobre, elle soutiendra sa thèse sur leur violence invisible, dans laquelle elle analyse comment quatre chaînes (McDonald’s, Burger King, Wendy’s, KFC) véhiculent le carnisme, en particulier à travers la publicité.

La viande est déguisée


Mais comment expliquer l’attrait pour les fast-foods ? Aux États-Unis, une personne sur quatre y mange chaque jour et le chiffre d’affaires du secteur a été multiplié par 46 entre 1970 et 2019². Pourtant, les questionnements éthiques sur les conditions d’élevage et d’abattage sont de plus en plus évoqués, sans parler des scandales sanitaires ou des répercussions de l’industrie sur l’environnement. « Tout individu peut entrevoir des problèmes liés à la consommation de viande », note Rachel Lapicque. Mais cela suffit rarement à s’en passer car il est supposément normal, naturel et nécessaire d’en manger. « Ces “Trois N” théorisés par la psychologue américaine Mélanie Joy sont à la fois la défense principale du carnisme et sa mythologie, ils légitiment la consommation de viande et le modèle qui l’accompagne », poursuit la chercheuse.

Très attractifs, les fast-foods ont été jusqu’à transformer notre rapport à la viande. « Ce que l’on y mange est irréconciliable avec un animal vivant, la viande est déguisée dans un sandwich ou de la friture », remarque la doctorante. Qui, en voyant un nugget, pense à un poulet ? La viande est omniprésente mais l’animal soigneusement invisibilisé. Ni os, ni gras, ni cartilage : aucun de ces éléments qui pourraient susciter de l’empathie ou rappeler nos similarités avec ceux que l’on mange. Les fast-foods sont également attractifs à l’étranger, où leur développement a par endroit changé les régimes alimentaires. Un succès qui s’explique par la forte charge symbolique qu’ils véhiculent. « Si nous mangeons les hamburgers de McDonald’s […] pendant mille ans, nous deviendrons plus grands, nous aurons la peau blanche et les cheveux blonds. Et quand nous serons blonds – nous pourrons conquérir le monde », disait Den Fujita, le président de la filière japonaise de McDonald’s.

Dissonance cognitive


Mais exposer les stratégies des fast-foods suffit-il à agir sur la (sur)consommation de viande ? « Je ne pense pas que le savoir suffise, répond Rachel Lapicque. Pourquoi chez certains la prise de conscience mène à un changement de comportement et pas chez d’autres ? La question est d’ailleurs valable pour tous les systèmes de violence. Si ça révolte votre regard, ça devrait révolter votre estomac, mais nous n’avons pas tous la même tolérance à la dissonance cognitive³. »

Violette Vauloup

1. Système de croyances qui nous conditionne à manger certains animaux.
2. Passant de 6 à 273 milliards de dollars.
3. La dissonance cognitive survient lorsqu’il existe une contradiction entre nos convictions et notre comportement.

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