Quand la mort est omniprésente

La mort, une affaire de vivants

N° 421 - Publié le 29 août 2024
© KATARZYNA BIALASIEWICZ / ISTOCK

Au coeur de certains métiers, la mort expose les professionnels à différentes formes d’affects, face auxquels chacun doit s’adapter.

Équipes de prévention du suicide, journalistes de guerre, personnels soignants, ambulanciers, militaires, fossoyeurs… ils sont nombreux à faire face à la mort. Lorsqu’elle est mal supportée, cette proximité peut générer des comportements sociaux négatifs comme l’isolement ou l’agressivité, et des pratiques déviantes telles que la consommation d’alcool ou de psychotropes. Pourtant, la mort – ou son risque – constitue la raison d’être de ces emplois. Dans le milieu médical, pour Renaud Bouvet, chef du service de médecine légale et pénitentiaire au CHU de Rennes, elle est « le début du travail du légiste, la fin de celui des autres médecins ».

Au-delà de la mort


Bien plus insoutenable que l’aboutissement de la vie, certains professionnels doivent parfois faire face à la souffrance, un paramètre pouvant être vécu comme une forme d’impuissance et source de culpabilité. À cela peut s’ajouter, pour ceux qui tentent d’éloigner la mort, un bouleversement psychologique et donc un grand nombre de questionnements lorsque celle-ci survient. « Ai-je bien tout fait pour l’éviter ? Est-ce qu’un autre que moi aurait mieux fait ? Aurais-je dû appeler à l’aide plus tôt ? », illustre Erwan Flécher, chirurgien thoracique et cardio-vasculaire au CHU de Rennes. En outre, les travailleurs se trouvent de temps à autre dans l’obligation d’annoncer la mort, et sont donc confrontés à la détresse émotionnelle des proches du défunt. Une situation pouvant constituer une autre forme de violence mentale. Mais comment les professionnels font-ils face à cette pluralité d’affects ?

Différentes gestions


En médecine, aucune formation n’est dispensée pour gérer la mort et ses conséquences. Pourtant, « valoriser l’empathie, enseigner la gestion de crise et du stress, ou expliquer comment annoncer un décès serait à envisager », déplore le chirurgien. Les professionnels apprennent donc à faire face à la mort par eux-mêmes. L’habituation est bien souvent progressive. « Le long cursus de formation à la médecine nous confronte rapidement et régulièrement aux corps et à la violence de la maladie », explique Renaud Bouvet.
Les confrères et consœurs jouent également un rôle primordial. « Les moments informels de cohésion et de retours d’expérience contribuent à mieux vivre les situations violentes, poursuit le médecin légiste. Le soutien et l’entraide sont indispensables dans la gestion des émotions que génèrent la mort. » Pour certains, la mise en place de mécanismes de protection psychologiques est une autre arme : « Un chirurgien minimise parfois les contacts avec les familles et si possible avec le patient, en se limitant à l’aspect technique de son métier », soulève Erwan Flécher.

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