Les animaux face à la mort

La mort, une affaire de vivants

N° 421 - Publié le 29 août 2024
© KUMAR SRISKANDAN / ALAMY

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Qu’ils feignent la mort ou réagissent à celle de congénères, certains animaux ont développé des comportements singuliers face à l’absence de vie afin d’assurer leur survie ou celle de leur communauté.

Sur un cri d’alarme de la mère, une portée de marcassins se tapit au sol, pétrifiée. À proximité d’un prédateur, les embryons de certains requins s’immobilisent dans l’œuf et cessent de respirer. Au contact d’un danger, la caille se fige elle aussi, raide morte ou presque. Des forêts aux océans, ces simulacres de la mort permettent parfois de survivre. Pour les oiseaux nidifuges par exemple, qui quittent très tôt la protection du nid, ce comportement anti-prédateur instinctif est « une solution de dernier recours, explique Sophie Lumineau, éthologue au laboratoire Ethos1, à Rennes. Le prédateur croit l’animal mort et relâche sa prise. La proie en profite alors pour s’échapper ».

Protéger la communauté


Mais vient un moment où la mort n’est plus simulée, et dont l’imminence peut modifier le comportement de certaines espèces, comme la fourmi qui perd sa dimension sociale à mesure que son espérance de vie se réduit. « Si elle est vieille ou malade, elle passe de plus en plus de temps à l’extérieur, jusqu’à ne plus rentrer au nid. D’un point de vue sanitaire c’est très intéressant », note Claire Detrain, éthologue à l’ULB2 et spécialiste du comportement des insectes. Et si une fourmi meurt dans la fourmilière, ses congénères la détectent grâce à leur odorat et transportent le cadavre à l’extérieur pour protéger la colonie des contaminations et des bactéries ou champignons qui accompagnent la décomposition. On retrouve ce phénomène chez d’autres insectes sociaux, comme les abeilles qui expulsent les cadavres de la ruche. Les termites, elles, enterrent les morts car s’exposer aux dangers du monde extérieur est relativement périlleux pour ces insectes lucifuges3. « Un mélange de terre et de salive rend la surface très dure, presque scellée, ce qui empêche les bactéries aérobies de contaminer la colonie », précise François Meurgey, entomologiste au Muséum d’histoire naturelle de Nantes. 

Conscience de la mort


Pourquoi certains éléphants enterrent-ils leurs petits ? Pourquoi des chiens se cachent-ils pour mourir ? Il reste encore bien des interrogations sur le rapport des animaux à la mort. En creux, l’une d’elles revient souvent : en ont-ils conscience ? « La question se pose pour les mammifères, mais l’équipement cognitif des insectes ne leur permet pas de développer des émotions, ils repèrent simplement quelque chose de dysfonctionnel qui pourrait nuire à la colonie. C’est en tout cas ce que nous dit l’état de la recherche aujourd’hui », développe François Meurgey. Un constat partagé par Claire Detrain : « La fourmi ne réfléchit pas à sa propre mort, pas plus qu’elle n’est affectée par celle des autres ». C’est un système de réponses à des stimuli qui détermine son rapport à des congénères morts. « Au lieu de vouloir adosser certains de nos comportements aux animaux, on peut faire l’inverse. N’aurions-nous pas, nous aussi, commencé à enterrer nos morts pour nous protéger des maladies et des charognards ? », s’interroge François Meurgey.

Violette Vauloup

1. Éthologie animale et humaine.
2. Université Libre de Bruxelles.
3. Qui fuient la lumière.

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