Tara Polar Station, un chantier inédit

Actualité

N° 421 - Publié le 29 août 2024
© VIOLETTE VAULOUP
La Tara Polar Station devrait être mise à l'eau à l'automne.

La fin de la construction de la station polaire Tara marque le début d’une aventure, tout aussi hors-norme que le chantier qui se termine cet automne.

Des dizaines d’ouvriers s’affairent autour d’une gigantesque structure métallique aux allures de vaisseau spatial. Entre les coups de marteau et le soufflement des machines, ils coupent, meulent et soudent avec minutie. Depuis septembre 2023, les Constructions mécaniques de Normandie (CMN), à Cherbourg, fabriquent un bateau d’un genre nouveau pour la Fondation Tara Océan, qui sillonne les mers du globe pour la science depuis plus de vingt ans, avec sa goélette basée à Lorient. Le chantier, qui doit s’achever à l’automne, représente plus de 100 000 heures de travail.

Aucun angle droit


« C’est du jamais vu », souffle Ludovic Marie, ingénieur en charge du programme pour les CMN, plutôt habitué aux navires militaires. Il faut dire que le bateau ne ressemble à aucun autre. Vingt-six mètres de long, onze de haut et seize de large. Mais surtout entièrement lisse. « Il n’y a aucun angle droit sur la coque, pour ne pas laisser de prise à la glace », explique Romain Troublé, directeur général de la fondation. Car la Tara Polar Station, sorte d’igloo flottant, est conçue pour dériver sur la banquise de l’Arctique au rythme de 10 kilomètres par jour, de 2026 à 2045. Dix missions de dix-huit mois devraient s’enchaîner, l’équipage vivant au rythme des jours et des nuits polaires qui durent six mois, pour réaliser des prélèvements et les analyser à bord.

© 3D KADEG BOUCHER / ARCHITECTE OLIVIER PETIT / FONDATION TARA OCEAN
La mise en glace pour la première mission, Tara Polaris I, est prévue en septembre 2026.


Plus de 400 tonnes 


« Le dérèglement climatique va quatre fois plus vite en Arctique qu’ailleurs et nous ignorons encore beaucoup sur cet environnement, il est nécessaire de mener des études sur le long terme », explique Romain Troublé. Mais la recherche est compliquée lorsque les températures oscillent entre - 20 et - 45 °C. « Imaginez manipuler des pipettes avec des moufles… », soupire-t-il. La station sera donc équipée de six laboratoires, reliés à une moonpool, une sorte de puits au centre du bateau qui « permet d’envoyer des sondes ou de faire des prélèvements d’eau simplement en se baissant », indique le directeur de Tara Océan. Mais à bord, biologistes, physiciens, glaciologues ou encore océanographes étudieront aussi l’atmosphère, la neige, la glace et la biodiversité. Le tout pour mieux comprendre les mécanismes et les effets du dérèglement climatique au pôle Nord ou encore comment les espèces se sont adaptées pour survivre dans cet environnement extrême, si difficile d’accès. C’est d’ailleurs pour cela qu'il a fallu concevoir un nouveau genre de bateau. 

Une fois sur la glace, le vaisseau de plus de 400 tonnes dérivera. « Tout est en aluminium pour le rendre le plus léger possible », précise Ludovic Marie, qui insiste sur le défi technique que représentent la conception et la construction de la station. « Nous avons dû développer des modes de soudage spécifiques car la tôle est plus épaisse que ce qu’on travaille d’habitude », illustre l’ingénieur en jetant un œil au chantier presque achevé. « Ça fait dix ans qu’on y pense et ça devient concret », sourit Romain Troublé.

Violette Vauloup

TOUTES LES ACTUALITÉS

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest