Quel avenir pour le sport ?

Le sport : plus qu'un effort

N° 420 - Publié le 3 juin 2024
© MALEO PHOTOGRAPHY / ADOBE STOCK

Le sport est à la fois victime et coupable de bouleversements environnementaux, et ne pourra échapper à une remise en question globale. Décryptage d’une activité qui doit être repensée en profondeur.

Hausse des températures, élévation du niveau de la mer, ou encore modification des débits des cours d’eau et des conditions d’enneigement... Les manifestations du dérèglement climatique ont des conséquences sur le sport en impactant aujourd’hui les lieux de pratique, comme les gazons, pistes de ski ou rivières. Et elles mettront bientôt à mal la pérennité de certaines infrastructures sportives. Par exemple, selon l’ONU, près d’un quart des stades de la ligue anglaise de football seront partiellement ou totalement inondés chaque année d’ici 2050, tandis qu’un club de voile français sur sept est menacé par l’élévation du niveau de la mer. La hausse des températures modifie quant à elle les conditions d’exercice, et limite donc la pratique. D’après l’ONG WWF, si le climat se réchauffe de 2 °C, nous perdrons en France en moyenne 24 jours de pratique sportive par an, et 66 jours avec un scénario à +4 °C. Le sport n’est donc pas épargné par le changement climatique, mais n’en est pas seulement la victime.

Les compétitions coupables


« Il y a quelques années, les sports motorisés étaient montrés du doigt pour leurs émissions de gaz à effets de serre, tandis qu’aujourd’hui on accuse plus globalement l’événementiel », explique Yohann Rech, maître de conférences en sociologie du sport à l’Université Rennes 2 et chercheur au laboratoire VIPS21. Les événements sportifs nationaux et internationaux provoquent en effet chaque année le déplacement de millions de personnes (sportifs, staff et supporters) la plupart du temps en avion. À cela s’ajoute la construction d’infrastructures en béton, matériau dont la fabrication est fortement émettrice de CO2 , ainsi que leur fonctionnement (climatisation en extérieur, arrosage de pelouses en période de sécheresse…).

Perturbation de la biodiversité


Menacée par de multiples facteurs, la biodiversité est actuellement en plein déclin. Or, le sport peut lui aussi causer certains dommages à l’environnement lorsqu’il est pratiqué en milieu naturel, notamment par le biais de piétinements, de collisions en mer ou de perturbations de la faune. « La cohabitation forcée entre athlètes et animaux sauvages peut parfois s’avérer néfaste pour ces derniers, à travers des dérangements physiques, sonores ou visuels, aux conséquences négatives sur leur reproduction, leur alimentation et leurs comportements », explique Léna Gruas, enseignante-chercheuse en sociologie du sport au Labers2, à Brest. Un paramètre à prendre en compte face à la popularité grandissante des sports outdoor, comme le trail ou l’escalade. Adapter les lieux et pratiques sportives, ainsi que les modalités événementielles, apparaît donc indispensable dans le monde de demain, comme l’évoque Yohann Rech  pour qui « repenser le sport, du moins son organisation, est une nécessité ».

Charles Paillet

1. Valeurs, innovations, politiques, socialisations et sports.
2. Laboratoire d’études et de recherche en sociologie.

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