Quel avenir pour la petite roussette ?

Actualité

N° 420 - Publié le 3 juin 2024
© NOEMIE COULON
Embryon d'une petite roussette dans son œuf.

Des scientifiques ont simulé un réchauffement et une acidification des océans pour en observer les effets sur le développement embryonnaire d’un requin.

La petite roussette est l’un des requins les plus communs en Europe et s’est adaptée à plusieurs environnements. Mais alors que le dérèglement climatique devrait avoir des conséquences sans précédent sur le fonctionnement biologique des poissons, des chercheurs ont observé comment le réchauffement et l’acidification des eaux pourraient affecter le développement embryonnaire de ce petit requin. Leurs résultats viennent d’être publiés dans la revue Marine Environmental Research.

Pendant dix mois, en laboratoire, ils ont étudié le développement de petites roussettes dans des milieux différents, dont les températures et le pH variaient selon deux scénarii de dérèglement climatique. « Nous avons également simulé des variations de températures correspondant aux différentes saisons », ajoute Noémie Coulon, doctorante en écologie marine au laboratoire Borea1, à la Station marine de Dinard. 

Dans le scénario moyen, 82 % des œufs ont éclos, contre seulement 11 % dans le plus défavorable2. « Ces embryons ont probablement eu beaucoup de difficultés à utiliser l’énergie qu’ils puisent dans les réserves de l’œuf pour leur développement, avance la chercheuse. Chez n’importe quelle espèce lorsque les conditions sont défavorables, l’individu a besoin de plus d’énergie pour faire fonctionner son organisme, ce qui réduit celle dédiée à la croissance. »

Pic de mortalité


Les scientifiques ont observé un pic de mortalité en août, la période où l’eau est la plus chaude (23,1 °C dans le pire scénario) qui coïncide avec une phase très énergivore du développement. « C’est à ce moment que les branchies, jusqu’ici sous la forme de filaments à l’extérieur du corps, sont internalisées », explique Noémie Coulon. Or, moins il y a d'éclosions, plus le risque d'effondrement des populations est élevé. Un constat préoccupant lorsque l’on sait que ces prédateurs, dont le rôle de régulation dans la chaîne alimentaire évite par exemple la prolifération de maladies chez les proies, sont essentiels au bon fonctionnement de leurs écosystèmes.

Violette Vauloup

1. Biologie des organismes et écosystèmes aquatiques.
2. Dans le scénario moyen, les émissions de CO2 se maintiennent aux niveaux actuels jusqu'en 2050, puis diminuent sans atteindre l'objectif de zéro net d'ici 2100 et dans le plus extrême, elles triplent d'ici 2075.

TOUTES LES ACTUALITÉS

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest