Le stress hydrique menace déjà la biodiversité
L'eau, en péril ?
Alors que les périodes de sécheresse vont se multiplier, la raréfaction de l’or bleu affecte déjà de nombreux écosystèmes.
Tout organisme a besoin d’eau pour se maintenir en vie. Aussi, puisqu’elle vient à manquer régulièrement, le stress hydrique a d’ores et déjà des conséquences bien réelles. « Ce stress advient lorsque la demande en eau – qui dépend notamment du vent, de la température et du type de végétation – est plus importante que sa disponibilité, qui, elle, est fonction de la quantité de précipitations et de la capacité du milieu à les retenir », définit en préambule Vincent Dubreuil, géographe climatologue au LETG1, à Rennes, et co-président du Haut conseil breton pour le climat. Selon les écosystèmes et leur biodiversité, cette situation n’a pourtant pas le même impact.
Les espèces végétales, par exemple, suivant la taille de leurs racines ou leur cycle de vie, sont plus ou moins résilientes. Pour le rendement des cultures, « l’effet du stress hydrique dépend beaucoup du moment où l’eau fait défaut. Il existe des phases critiques de développement, durant lesquelles ce manque peut être fatal », explique le scientifique.
Des zones plus sensibles
Dans les cours d’eau, la baisse des débits, au moins durant l’été, provoque une hausse de la température et de la pollution. « En cas d’assèchement extrême, comme à l’été 2022, il n’y a tout simplement plus de poissons à certains endroits », illustre Armel Dausse. Coordinatrice du réseau sur la restauration des zones humides en Bretagne pour le Forum des marais atlantiques, elle constate que l’état de ces dernières reflète la situation hydrique actuelle. « Les zones humides ont été asséchées et drainées depuis des siècles, entraînant la disparition de 60 à 70 % de leur surface à l’échelle nationale, continue l’experte. Pourtant, en tête de bassin versant, elles se font tampons entre les nappes et les cours d’eau, permettant petit à petit un déchargement des réserves souterraines. » Leur disparition renforce donc le manque d’eau et aggrave les crues ou les étiages2 sévères.
Reconstituer les paysages
En plus des conséquences directes, le stress hydrique peut également avoir des effets secondaires. « À l’été 2022, par exemple, de violents incendies ont ravagé la forêt de Brocéliande et les monts d’Arrée, la végétation desséchée étant particulièrement propice au feu », souligne Vincent Dubreuil. Au total, plus de 2 400 hectares de forêts et de landes sont partis en fumée, menaçant au passage certaines plantes protégées. Encore plus inattendu : dans la baie du Mont-Saint-Michel, la récolte de moules avait été reportée d’un mois. En cause ? Un retard de croissance, que les producteurs attribuaient aux faibles débits des cours d’eau, ayant entraîné un tout aussi faible apport en éléments nutritifs qui a freiné la croissance des mollusques3.
« Une grande partie des catastrophes actuelles liées au cycle de l’eau sont inhérentes à la disparition d’éléments du paysage essentiels au bon fonctionnement des bassins versants », poursuit Armel Dausse. D’où l’intérêt de reconstituer les paysages, pour ralentir le cycle de l’eau et rendre cette ressource plus disponible pour les organismes vivants.
1. Littoral, environnement, télédétection, géomatique.
2. Baisses périodiques du niveau des cours d'eau.
3. D'après le premier rapport du Haut conseil breton pour le climat, mars 2023.
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du magazine Sciences Ouest