Les prouesses des arbres, de la sensibilité à la communication

Grand angle

N° 418 - Publié le 28 mars 2024
© TEDDY VERNEUIL / LEZBROZ
Ce chêne pédonculé, vieux de 200 ans, situé à Fouesnant (Finistère), est surnommé "arbre-girafe" en raison de sa silhouette.

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Au sein des forêts, des spécimens séculaires au feuillage étendu côtoient de jeunes arbustes en pleine croissance. Tout au long de leur vie, les plantes sadaptent à leur environnement grâce à des sens aiguisésétudiés par les scientifiques.

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Bercée de légendes arthuriennes et symbole de la magie de Bro-céliande, la forêt de Paimpont regorge de mystères. Elle abrite notamment le multi-centenaire chêne des Hindrés, preuve vivante de la résilience des arbres. Depuis les années 1980, des études mettent en lumière certaines capacités des plantes jusqu’alors insoupçonnées. En effet, elles perçoivent de manière accrue leur environnement. La théorie plaçant les végétaux comme des êtres immobiles et vulnérables se dissipe progressivement.

Pressions mécaniques


Sans doigts, les végétaux sont pourtant dotés d’un sens du toucher. « Ils le perçoivent de manière passive, contrairement à nous qui pouvons exercer une pression avec nos mains », décrit Bruno Moulia, directeur de recherche à l’Inrae1 de Clermont-Ferrand et spécialiste de la biomécanique des plantes. Des récepteurs répartis sur toute la plante réagissent aux pressions mécaniques. Ainsi, elle détecte lorsqu’un prédateur la mange et décèle le vent qui peut être dangereux pour elle. Ne bénéficiant ni d’un cerveau ni d’oreille interne, la plante ressent la gravité de manière diffuse. Dans des cellules végétales spécialisées, la distribution de grains d’amidon, qui se déplacent et coulent en fonction de l’inclinaison, indique à la plante où se trouve le « bas ». « Les végétaux perçoivent leur propre forme dans l’espace, c’est ce qu’on appelle la proprioception », ajoute le chercheur. Ces informations permettent à la plante de contrôler sa posture. Car elle effectue en permanence des mouvements qui nous sont imperceptibles pour maintenir son équilibre durant sa croissance. Mais un autre défi se pose : celui d’aller chercher des ressources nécessaires à sa survie.

Même en l’absence d’organes spécialisés comme les yeux, les végétaux décèlent la lumière. « Différents photorécepteurs situés sur leur feuillage permettent de mesurer la quantité et la qualité de la lumière disponible », indique Bruno Moulia. Les plantes peuvent ainsi orienter leur croissance pour bénéficier des rayons du Soleil, tout en contrôlant leur équilibre. C’est d’autant plus remarquable chez le célèbre arbre-girafe du bois de Penfoulic, situé dans la commune de Fouesnant, dans le sud du Finistère. « Ce chêne pédonculé, attiré par la lumière, est penché vers la prairie et offre ainsi une arche naturelle à l’entrée de la forêt », décrit Mickaël Jézégou, expert forestier et auteur de l’ouvrage Arbres remarquables en Bretagne2.

Odorat et défense chimique


Depuis l’Antiquité, des croyances gravitent autour des propriétés merveilleuses du végétal, comme les feuilles du cédratier, utilisées pour fabriquer des philtres d’amour. Mais les plantes n’émettent pas d’odeurs pour nous plaire : des études indiquent que les émissions de composés chimiques sont à la fois un moyen de défense et de communication.

Un des exemples les plus connus est celui de l’Acacia caffra qui augmenterait la concentration de tanin dans ses feuilles lorsqu’elles sont déchirées par des herbivores, ce qui peut être mortel. Le feuillage libèrerait en même temps un gaz, l’éthylène, capté par les feuilles des acacias voisins. Il constituerait un message d’alerte déclenchant une forte sécrétion de tanin avant même que les prédateurs n’aient atteint l’arbre !

Si cet exemple médiatisé est toujours discuté, la communication des végétaux est un sujet de recherche en pleine expansion. Elle montre qu’ils sont à la fois capables d’émettre et de percevoir un message, notamment via des substances volatiles. « Le répertoire chimique utilisé par les plantes reste encore à découvrir, mais certaines de ces molécules odorantes fonctionneraient de la même manière sur toutes les espèces végétales, ce qui représente une forme d’altruisme », explique Bruno Moulia.

Les arbres détectent la présence d’autres végétaux. Sur leur feuillage, des récepteurs appelés phytochromes, leur indiquent spécifiquement quand un autre végétal est à proximité. Bien que la compétition puisse parfois être rude pour capter des ressources dans les forêts denses, il existe aussi une forme de coopération voire de symbiose dans ces écosystèmes. Notamment grâce à un réseau mycorhizien, où les champignons s’associent avec les racines des arbres. Des études montrent que cette symbiose permettrait aux individus de partager de faibles quantités de nutriments entre eux. « Les plantes pourraient aussi échanger des signaux qui sont sources d’informations via ce réseau, des recherches sont en cours », précise le chercheur.

Formes étranges


Si bien des mystères entourent encore le fonctionnement des végétaux, « les formes étranges que prennent les arbres nous prouvent qu’ils sont capables de percevoir leur environnement et de s’y adapter », résume Mickaël Jézégou. Il suffit de se balader dans les forêts qui abritent des spécimens centenaires ou même millénaires pour s’en rendre compte.

Depuis la fin du 19e siècle, la Bretagne, une des régions françaises avec la plus grande densité d’arbres anciens, recense des spécimens pittoresques. C’est en 1994, à la création de l’association ARBRES3, qu’est introduite la notion de « remarquable » qui a donné naissance à un label en 2000. Pour obtenir cette distinction, un arbre doit remplir certains critères, évalués par les bénévoles, comme « une longévité exceptionnelle, des dimensions extraordinaires mais également une relation particulière avec l’Homme par son histoire et les légendes qui l’accompagnent », énonce le technicien forestier breton.

Nolane Langlois

1. Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.
2. Éditions Biotope (2015).
3. Arbres remarquables : bilan, recherche, études et sauvegarde.

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