Quand le jeu devient pathologique

Les pouvoirs du jeu

N° 417 - Publié le 22 février 2024
© SOUTH AGENCY / ISTOCK

Bien que majoritairement récréatifs et sans danger, certains jeux peuvent être source d’addiction comportementale. C’est notamment le cas des jeux d’argent et de hasard.

En 2019, selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), 47,2 % des 18-75 ans déclaraient avoir joué au moins une fois à un jeu d’argent et de hasard (JAH) au cours de l’année passée. Or, 6 % de ces joueurs présentaient une pratique considérée comme problématique, soit engendrant une fréquence élevée de problèmes causés par le jeu.

De l’usage contrôlé à l’addiction


La pratique des JAH entraîne une sécrétion supérieure à la normale de dopamine1, l’hormone « du plaisir immédiat », et génère ainsi une sensation de bien-être décuplée. Le jeu est identifié comme une action source de plaisir plus important que la moyenne par l’organisme qui cherche à la réitérer. Progressivement, « les systèmes de libération de dopamine se dérégulent, et de plus en plus de stimulations sont nécessaires pour obtenir cet effet hédonique », développe Marie Grall-Bronnec, psychiatre et professeur d’addictologie à la faculté de médecine de Nantes. La pratique du jeu peut alors potentiellement passer d’initialement contrôlée à problématique : le joueur perd peu à peu davantage d’argent mais continue à jouer. À terme, on parle d’addiction comportementale lorsque plusieurs critères listés par l’OMS2 sont remplis. Entre autres, « la perte de contrôle, la poursuite malgré les conséquences négatives, ou encore l’incapacité à remplir des obligations personnelles et/ou professionnelles », détaille la psychiatre.

Parmi tous les JAH, « le potentiel addictif n’est pas le même, rapporte Marie Grall-Bronnec. Les jeux à peu de tirages comme les loteries plurihebdomadaires n’entraînent pas d’addiction, étant donné l’impossibilité d'y rejouer immédiatement après tirage ». Certains paramètres favorisent en effet les usages problématiques, voire la dépendance : perception immédiate des gains, accessibilité aisée, anonymat, identification du supporter en tant que parieur, ou encore utilisation d’argent rendu virtuel.

Nuance sur les jeux vidéo


Officiellement reconnus comme potentielle source d’addiction comportementale, les jeux vidéo pourraient générer quant à eux des « usages problématiques, mais pas forcément une dépendance assimilable à celle des substances », précise Séverine Erhel, maîtresse de conférences en psychologie cognitive et ergonomie à l’Université Rennes 2. Certains joueurs présentant des vulnérabilités psychologiques utilisent en effet ces jeux comme une échappatoire face aux émotions négatives, au détriment parfois de leur vie quotidienne. Or, ces personnes en difficultés représentent moins de 2 % des joueurs. Pourtant, « on stigmatise et pathologise actuellement un grand nombre de joueurs passionnés à la pratique tout à fait contrôlée », déplore la spécialiste. La distinction entre les usages dérégulés et la passion des jeux vidéo reste donc à faire au sein de notre société, encore vieux jeu sur ce point.

Charles Paillet

1. Molécule biochimique produite au sein du système nerveux et impliquée dans le système de la récompense.
2. Organisation mondiale de la santé.

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