Derrière les mythes, la réalité géologique
Voyage au centre des volcans
Longtemps incompris, le volcanisme s’est trouvé paré d’explications surnaturelles à l’origine de mythes qui nous aident aujourd’hui à comprendre le rapport des sociétés passées aux volcans.
Pour les Romains, le cratère du Vulcano, dans les îles Eoliennes, abritait les forges de Vulcain. Dans la mythologie grecque, le monstre Typhon, vaincu par Zeus, est emprisonné sous l’Etna. Au Japon, on raconte que le dieu Kunitokotachi vit dans le Fuji-Yama et chez les Masaï de Tanzanie, c’est Engaï qui habite le cône de Ol Doinyo Lengaï. Partout dans le monde, des mythes et des légendes se murmurent au pied des volcans, ces « montagnes de feu » que nos ancêtres ont observées, décrites et représentées pendant des millénaires dans l’espoir d’en percer les mystères.
La mémoire des éruptions
« Le besoin de comprendre est commun à toute civilisation, souligne Loredana Lancini, chercheuse en histoire ancienne et en archéologie à l’UCL1 et affiliée au Creaah2, basé à Rennes. Quand on est face à un phénomène aussi puissant et inhabituel, il est presque instinctif de faire appel à l’imaginaire. » Les volcans sont ainsi devenus les demeures de dieux ou le théâtre de luttes entre des êtres surpuissants. À défaut de pouvoir empêcher le danger, il fallait tenter de l’expliquer tout en transmettant le souvenir des éruptions passées aux générations suivantes. « Et avant l’écriture, ancrer le récit dans un langage métaphorique était le meilleur moyen de mémoriser une information », analyse Loredana Lancini.
Entre les lignes
Peu à peu, la science a permis de comprendre le phénomène et les explications surnaturelles se sont effacées. Mais les mythes sont loin d’être de simples histoires : des réalités historiques et géologiques en sont souvent à l’origine. Il suffit de lire entre les lignes pour s’en apercevoir. « Dans une version du mythe de Typhon, il a des bras comme des serpents de feu, raconte Loredana Lancini. On y voit très clairement la forme de coulées de lave. Cela donne une indication sur le type d’éruption à l’origine de cette histoire. » Les bruits du monstre correspondraient ainsi au dégazage de la lave et aux secousses sismiques tandis que la foudre de Zeus créée par les cyclopes travaillant avec Héphaïstos dans l’Etna pourrait provenir de l’observation d’un orage volcanique par nos ancêtres. « La question n’est pas de savoir si les Grecs croyaient à leurs mythes, souligne l’historienne. Ce qui est intéressant, c’est que cela nous montre comment ils appréhendaient le monde et l’histoire. »
Car sur tous les continents, les volcans sont intégrés aux sociétés humaines et évoluent avec elles, comme de très vieux voisins autour desquels gravitent des récits qui se transforment, naissent et s’évanouissent au fil du temps. Certains sont même assez récents. À La Réunion, on raconte que Madame Desbassyns, cruelle esclavagiste, expie ses péchés sous le Piton de la Fournaise. Même si l’on sait désormais expliquer les éruptions de manière rationnelle, les histoires servent toujours « à parler du monde dans lequel nous vivons », conclut Loredana Lancini.
1. Université catholique de Louvain, en Belgique.
2. Centre de recherche en archéologie, archéosciences, histoire.
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du magazine Sciences Ouest