Pascal Le Dû, chasseur de nébuleuses
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Pascal Le Dû passe la majorité de son temps libre à observer des nébuleuses planétaires. Loin d’être anecdotique, son travail met en évidence la précieuse contribution des amateurs à la recherche en astronomie.
Depuis son jardin il observe Molène, Ouessant et les confins de la galaxie. Il faut imaginer un petit village breton avec la mer pour horizon. Cette bande bleue que l’on voit à travers la vitre du salon d’un petit pavillon sage de Porspoder, tout au bout du Finistère. C’est ici qu’il y a treize ans, Pascal Le Dû a découvert une nébuleuse planétaire, une étoile en fin de vie qui éclaire un nuage de gaz qu’elle a éjecté. Une trouvaille qui a donné un nouvel élan à sa carrière d’astronome amateur. Pourtant c’est avec une autre immensité que le sexagénaire passe ses journées ; hydrographe de formation, il élabore notamment les annuaires des marées pour le Shom1, à Brest. Mais la nuit, il enfile une autre casquette.
Pas une date qu’on oublie
« J’aime être le seul éveillé quand tout est silencieux, avec la voûte céleste au-dessus de moi », raconte celui qui a jeté son dévolu sur les nébuleuses, ces objets célestes « dont le nom parle de lui-même », des amas de poussières et de gaz interstellaires. « Il existe des catalogues de nébuleuses identifiées par les scientifiques mais dont on ne possède pas d’images précises. Avec un télescope, je les suis pendant plusieurs heures et j’accumule les clichés pour les superposer et en avoir l’image la plus détaillée », explique l’astrophotographe.
Depuis la fin des années 2000 et le développement de matériel de plus en plus performant pour le grand public, des passionnés du monde entier se livrent une compétition acharnée pour photographier en premier ces objets. « Nous avons aussi des filtres spéciaux qui ne laissent passer que la lumière émise par les nébuleuses et permettent d’identifier les gaz qui la constituent, retrace Pascal Le Dû. À partir de là on fait de la science, on comprend ce que l’on voit. »
En août 2011, alors que le Breton observe une nébuleuse depuis son jardin, il aperçoit un petit rond rouge. « Juste ici », montre-t-il sur une photo qu’il vient de décrocher du mur. « C’était le 22 août et ce n’est pas une date qu’on oublie », sourit l’astronome. Un peu nerveux, il envoie ses observations à Agnès Acker, spécialiste des nébuleuses. Quelques jours plus tard, la scientifique lui confirme que ce petit rond rouge est une nébuleuse planétaire jamais repérée. Elle s’appelle désormais LDû1. Pascal Le Dû n’est alors que le deuxième amateur au monde à découvrir ce genre d’objet avec son propre matériel.
« Ça a eu un effet boule de neige », se souvient-il. Les journalistes apprécient l’histoire de cet hydrographe dont le cabanon de jardin renferme un télescope capable de scruter les recoins de la Voie Lactée et la découverte enchante le petit monde de l’astronomie amateur. Le Breton est contacté par d’autres passionnés qui lui demandent si ce n’est pas une nouvelle nébuleuse planétaire qu’ils ont photographiée, eux aussi. À la suite de ces sollicitations, Pascal Le Dû et Agnès Acker créent une liste de potentielles nébuleuses planétaires observées par des amateurs.
Un rôle de relai
« Les professionnels ont bien perçu l’intérêt de travailler avec nous, ça les avance et c’est gratuit », résume l’astronome. Au total, 10 % des nébuleuses planétaires connues ont été découvertes par des amateurs, soit plus de 1 000. Depuis 2011, Pascal Le Dû en a repéré cinq autres mais se concentre aujourd’hui sur son rôle de relai entre amateurs et professionnels. Son association, 2SPOT, loue un télescope au Chili (pilotable à distance), afin d’observer les nébuleuses de l’hémisphère sud pour le compte de scientifiques. « Les professionnels ont souvent du mal à accéder à des télescopes pour mener leurs observations car les nébuleuses planétaires ne font pas partie des sujets les plus priorisés et la demande est forte. Alors parfois, ils sont coincés et ont besoin de nous pour avancer », raconte l’astronome, qui revendique haut et fort son statut d’amateur. D’ailleurs, Pascal Le Dû n’est pas prêt à arrêter ses tête-à-tête avec le ciel. « Samedi je me coucherai tôt, mon réveil sonnera à 2 h, j’allumerai l’ordinateur et pointerai le télescope du Chili sur une nébuleuse, c’est ce que j’aime. »
1. Service hydrographique et océanographique de la Marine.
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