Innovation prometteuse pour la transplantation d’organes

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N° 416 - Publié le 29 janvier 2024
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Une équipe internationale de chercheurs est sur une nouvelle piste, qui pourrait permettre de se passer du traitement médicamenteux très lourd après une greffe.

C’est une véritable révolution qui pourrait être en train de se jouer pour les patients recevant une greffe d’organe. Le projet Phoenix, mené par Giuseppe Remuzzi et Pere Santamaria, deux immunologistes de Milan et de Barcelone, et auquel le CHU de Rennes est associé, a une grande ambition : que les receveurs n’aient plus besoin de médicaments immunosuppresseurs. Ces traitements, obligatoires à vie après une greffe pour éviter que le corps ne rejette le nouvel organe, qu’il identifie comme étranger, ont de lourds effets secondaires. « À Rennes, nous avons été intégrés en raison de notre expertise unique dans la greffe de foie et de rein chez le porc », clarifie le professeur Karim Boudjema, ancien chef du service de chirurgie hépatobiliaire et digestive à Pontchaillou et coordinateur de la partie rennaise du projet.

Remédier aux effets secondaires


Ce savoir-faire est précieux, puisqu’avant de réaliser des essais cliniques pilotes sur des patients volontaires, il faut fabriquer les molécules à injecter, puis les tester chez les souris, et enfin sur un plus gros animal. « Nous cherchons à remédier à ce qui nous gêne le plus en transplantation, c’est-à-dire les effets secondaires terribles des médicaments, éclaire le professeur. Après quelques années de traitement, il y a des complications. Les receveurs développent du diabète, de l’hypertension, de l’insuffisance rénale, ils ont une incidence accrue de cancer… Cela pèse sur la prise en charge des greffés, et peut mener au décès. »

Reprogrammer l'immunité


L’idée est donc la suivante : avant l’opération, on injecte des nanoparticules à la surface desquelles sont collés des fragments d’antigène, différents pour chaque organe greffé, afin que la réponse du corps soit favorable. « Après l’opération, l’organisme déclenche immédiatement une prolifération de lymphocytes cytotoxiques1, qui conduisent au rejet du greffon car ils l’ont identifié comme étranger, explique Karim Boudjema. Mais il y a aussi des lymphocytes régulateurs, moins nombreux, qui bloquent leur action. Favoriser ces derniers leur permettrait de s’imposer, et de dire “cet organe est à nous, on le garde”.»

En clair, l’injection reprogramme la réponse immunitaire de l’organisme, « ce qui est complètement révolutionnaire ! », s’enthousiasme le chirurgien, dont l’équipe devrait entrer en lice dans les mois à venir. La nouvelle voie explorée dans le cadre de ce projet permettrait d’améliorer considérablement à la fois la qualité et l’espérance de vie des patients receveurs, ainsi que d’opérer ceux qui ont actuellement des contre-indications (déjà sujets au diabète ou à l’hypertension, par exemple). « Cette piste est fascinante, se réjouit le professeur Boudjema. Je pense qu’elle va constituer le grand progrès de l’immunologie dans les années à venir, et qu’elle pourra éclairer un certain nombre d’autres recherches, comme celle contre les cancers. Si on peut réorganiser notre système immunitaire, on peut faire des miracles. »

Anna Sardin

1. Toxiques pour les cellules du nouvel organe, elles le détruisent.

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