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Plastique : quand la magie prend fin

N° 415 - Publié le 21 décembre 2023

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Omniprésent depuis les années 1950, le plastique a révolutionné nos habitudes. Mais ce matériau entraîne une pollution de l’air, des eaux et du sol. Les scientifiques se penchent donc sur des alternatives.

Cela fera bientôt un siècle qu’il fait partie de notre quotidien. Il emballe notre nourriture, assouplit nos vêtements, isole nos logements, protège des chocs ou paillette nos joues… Le plastique semble indétrônable tant il a révolutionné nos modes de vies, devenant synonyme d’hygiène, de praticité et de modernité. Mais de quoi parle-t-on exactement ?

Des propriétés multiples


Le plastique est une chaîne de polymères : des sortes de gros colliers de molécules riches en carbone. « C’est un composé organique, fait des mêmes molécules que le vivant », explique Jean-Luc Audic, maître de conférences en chimie à l’ISCR1. Ces polymères peuvent être naturels comme le caoutchouc, un matériau souvent obtenu par la transformation du latex sécrété par certains végétaux tels que l'hévéa. Mais ils sont en grande majorité des dérivés des hydrocarbures, c’est-à-dire de pétrole raffiné, la ressource fossile qui a permis d’industrialiser la production du plastique dans la seconde moitié du 20e siècle.

Les polymères synthétiques, popularisés dans les années 1930, ont l’avantage d’être solides et stables dans le temps. « Ils résistent très bien à l’eau, aux changements de température et aux chocs tout en étant légers et peu coûteux », précise Jean-Luc Audic. À ces molécules sont ajoutés des additifs variés comme des plastifiants, qui permettent de donner des propriétés spécifiques (couleurs, brillance, élasticité…) au matériau : cela forme le fameux « plastique », dont l’étymologie grecque renvoie au verbe « mouler, former ».

Et quelle révolution ! Star des réunions Tupperware2 dès les années 1950, le plastique se tord et se transforme dans la période des Trente Glorieuses. Il devient incontournable dans tous les secteurs ; on ajoute du polyester dans les vêtements, du polyéthylène dans les tuyaux, les bouteilles et des réservoirs industriels… sans oublier le polyacétylène qui peut conduire le courant électrique ! C’est ainsi que la consommation des plastiques a été multipliée par quarante depuis 1960. Plus de 400 millions de tonnes3 sont désormais produites chaque année dans le monde. Problème : les deux tiers de cette production deviennent des déchets après utilisation. Et le recyclage ? Il concerne hélas moins de 10 % des plastiques usagés. Le reste se retrouve en décharge, incinéré ou directement dans la nature.

Pollution à toutes les échelles


« Les plus polluants, ce ne sont pas les polymères en tant que tels, mais les additifs. Plus légers et instables, ils migrent facilement dans l’environnement de proximité comme l’eau, les graisses ou l’air », détaille Jean-Luc Audic. Ces molécules sont suspectées d’être des perturbateurs endocriniens, car elles influencent directement le fonctionnement de notre organisme, incapable de les différencier de nos hormones. Elles représentent un danger pour notre santé, mais aussi pour l’ensemble de la biodiversité. La pollution générée par le plastique provient également de sa décomposition en petits morceaux visibles (macro et microplastiques) et invisibles à l’œil nu (nanoplastiques). On en retrouve même dans le corps humain ! Et contrairement aux matériaux tels que la laine, le bois ou le tissu, l'immense majorité des plastiques ne peut ni être dégradée par les micro-organismes du sol ni être dissoute dans l’eau. Elle risque donc de persister plusieurs siècles dans notre environnement.

« Pour agir, il faut d’abord faire un véritable état des lieux », commente Gaël Durand, coordinatrice du projet européen Preventing plastic pollution (PPP) et directrice déléguée à la recherche et développement au Labocea4 , un laboratoire d’analyses à Brest. Mené de 2019 à 2023, ce projet a permis d’étudier la pollution plastique dans sept bassins versants, dont deux en Bretagne : la rade de Brest et la baie de Douarnenez. « La première année, nous avons organisé de grandes campagnes de nettoyage des plages et des rivières, indique-t-elle. Puis, nous avons observé où le plastique revenait s’accumuler les deux années suivantes sous l’effet des courants, pour mieux comprendre sa provenance. » Enfin, il a fallu travailler avec l’ensemble des acteurs5 du territoire pour trouver des solutions concrètes. « Le parc marin d’Iroise a par exemple créé une filière de recyclage des filets de pêche usagés ramenés par les marins, raconte Gaël Durand. Idem pour les vieux bateaux échoués qui ont été retirés et revalorisés. »

Changement des habitudes


Ce projet, comme des centaines d’autres, vise avant tout à sensibiliser et inciter à l’action pour se prémunir des dangers de la pollution plastique. Cette problématique préoccupe l’ONU, qui s'est donnée jusqu'à fin 2024 pour parvenir à un traité international visant à mettre un terme à la pollution plastique d'ici 2040. Des mesures pour limiter les déchets plastiques ont d’ores et déjà été prises par plusieurs États, dont la France qui interdit progressivement le plastique à usage unique depuis 2021, ou encore l’Union européenne qui proscrit la vente de paillettes en plastique depuis octobre dernier.

Limiter la production et la consommation de ce matériau est essentiel, mais il reste difficile de s’en passer tant nous l’avons intégré dans chaque aspect de nos vies. C’est pourquoi les scientifiques cherchent des alternatives. Les projets autour des plastiques biosourcés se multiplient. Les polymères sont cette fois issus de ressources renouvelables comme les plantes (amidon de riz, de maïs). Par exemple, à l’ISCR, Jean-Luc Audic travaille avec son équipe sur le PHA, un polyester produit naturellement par des bactéries en situation de stress. « Elles proviennent de l’eau de mer de la région, souligne le chimiste. On les fait se reproduire et on les nourrit bien, avant de stopper les apports en nutriments. La bactérie stocke alors son énergie sous forme de granules de PHA. Nous réfléchissons encore à la façon de les extraire sans utiliser de solvants polluants. » Si les recherches aboutissent, le PHA constituerait une matière première renouvelable et compostable. Mais pas question de se voiler la face : « La filière du pétrole reste la plus optimisée, avec un coût de production très faible », rappelle le scientifique.

Pour aller plus loin

Sophie Podevin

1. Institut des sciences chimiques de Rennes.
2. Marque de contenants domestiques en plastique.
3. 460 millions de tonnes de plastique produites en 2019 selon l’OCDE, dont 353 millions sont devenues des déchets. 
4. Laboratoire public conseil, expertise et analyse en Bretagne.
5. Industriels, pêcheurs, collectivités, agriculteurs et éleveurs, plaisanciers ou encore touristes.

gael.durand [chez] labocea.fr (gael[dot]durand[at]labocea[dot]fr)
jean-luc.audic [chez] univ-rennes.fr (jean-luc[dot]audic[at]univ-rennes[dot]fr)

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