Moins produire pour moins polluer

Plastique, quand la magie prend fin

N° 415 - Publié le 21 décembre 2023
© COMMISSION EUROPEENNE / EURONEWS, 2023
Film à base de polyhydroxyalcanoates (PHA), des polymères biosourcés et biodégradables produits par fermentation bactérienne à l'Institut de recherche Dupuy de Lôme.

La production de plastique ne cesse de croître depuis 70 ans. Et la pollution avec elle. Face à lurgence de la situation, la solution réside dans le changement de nos modes de production et de consommation.

Si l’on recouvrait la planète de l’ensemble du plastique produit depuis les années 1950, la Terre serait emballée dans un film épais de 0,5 mm. Rien qu’en 2018, 450 millions de tonnes de plastique ont été produites, soit près de 45 000 tours Eiffel. Un chiffre qui devrait plus que doubler d’ici 2060. Face à l’ampleur sans précédent de cette pollution aussi dangereuse qu’insidieuse, le recyclage est souvent mis en avant. Pourtant, le plastique pollue tout au long de sa vie, bien avant de devenir un déchet. Un pneu usé pèse ainsi deux kilos de moins qu’un neuf1.
Dans la logique de l’économie circulaire, le recyclage « intervient en dernier recours, quand on ne peut ni se passer du plastique ni le réutiliser », souligne Philippe Bolo, député et co-rapporteur de plusieurs documents sur la pollution plastique pour l’OPECST2. « Et puis les usages du plastique sont de plus en plus divers, donc même en recyclant nous avons besoin de plus en plus de matière. »

Du plastique avec des plantes


Pour réduire la pollution, le premier levier est bien de réduire la production de plastique. « De plastiques inutiles, précise Philippe Bolo. Certains usages ne font pas débat, mais on peut aujourd’hui acheter une mandarine épluchée et vendue sous plastique… », soupire le député. Sauf que peu cher et pratique, le plastique a conquis la Terre entière. Pas de mystère, la solution devra passer par « une remise en cause profonde de nos modes de consommation », assure un  rapport3 de l’OPECST.

Depuis quelques années, les plastiques biosourcés s’invitent dans le débat. Pourraient-ils être la solution à la pollution plastique ? « Ce sont des matériaux produits à partir de matière végétale, comme de l’amidon de maïs pour les sacs de fruits et légumes par exemple », indique Stéphane Bruzaud, chimiste spécialiste des polymères à l’IRDL4, à Lorient. La filière concentre de nombreux projets de recherche mais reste marginale. « Aujourd’hui, ces matériaux biosourcés ne représentent même pas 1 % des plastiques », relativise le scientifique.

Vers un traité international


Même si aucun scénario n’envisage une réduction de la production de plastique dans les décennies à venir, Nathalie Hervé-Fournereau se dit optimiste. « L’accélération de la prise de conscience de l’ampleur de la pollution se traduit dans le droit, souligne cette directrice de recherche CNRS en droit de l’environnement au laboratoire Iode5, à Rennes. Les récentes interdictions et restrictions d’utilisation du plastique jetable illustrent cette dynamique en Europe. » Depuis mars 2022, des négociations sont en cours pour élaborer un accord international sur la pollution plastique. « Certains débats n’existaient pas il y a quatre ans, acquiesce Philippe Bolo. Il ne faut pas dire que ça ne sert à rien d’essayer d’enrayer cette pollution. De toutes façons, pouvons-nous continuer comme ça ? »

Violette Vauloup

1. Au niveau mondial, l’érosion des pneumatiques libèrerait chaque année 5,86 millions de tonnes de particules.
2. Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques.
3. Pollution plastique, une bombe à retardement ?, par Philippe Bolo et Angèle Préville (2020).
4. Institut de recherche Dupuy de Lôme.
5. Institut de l'Ouest : droit et Europe.

nathalie.herve-fournereau [chez] univ-rennes.fr (nathalie[dot]herve-fournereau[at]univ-rennes[dot]fr)
stephane.bruzaud [chez] univ-ubs.fr (stephane[dot]bruzaud[at]univ-ubs[dot]fr)

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