Le recyclage, entre obligation et désillusion
Plastique, quand la magie prend fin
Trier les emballages plastiques dans la poubelle jaune est un geste presque machinal. Pourtant une bonne partie des déchets jetés pour être recyclés ne l’est en fait jamais. Comment l’expliquer ?
Réduire. Réutiliser. Recycler. Prôné par le gouvernement dans le cadre de la stratégie des « 3R », le recyclage est-il la solution face aux 4,5 millions de tonnes de déchets plastiques produites en France chaque année ? En Europe 42 % des plastiques sont recyclés, mais ce chiffre chute à seulement 30 % en France, alors que huit Français sur dix pratiquent le tri ! D’autant que recyclable ne signifie pas toujours recyclé.
Le parcours du plastique
Pourquoi les chiffres sont-ils si bas ? Pour le comprendre il faut zoomer sur le cycle de vie d’un plastique. Après avoir rempli la fameuse poubelle jaune, les emballages plastiques, cartons et papiers sont récupérés par les éboueurs. Ils arrivent par camion dans des centres de tri, comme par exemple le site Paprec, au Rheu (Ille-et-Vilaine), qui traite les poubelles de la métropole de Rennes. D’emblée, 19,6 % des déchets sont rejetés et incinérés. Parmi eux, 12 % sont des plastiques complexes, tels que les paquets de chips, composés de deux couches de matières différentes.
Les autres déchets sont compactés en gros cubes selon leur composition. Ces « balles » sont ensuite broyées, lavées et chauffées pour être transformées en granulés à partir desquels l’usine de recyclage fabrique d’autres produits, comme des bouteilles et des oreillers. Le PET (polyéthylène téréphtalate) des bouteilles d’eau, le PEHD (polyéthylène haute densité) des bouteilles de lait et dans une moindre mesure le PP polypropylène) des biberons sont les seuls plastiques recyclables. Ils représentent 65 % des emballages plastiques. Les autres, dont les plastiques complexes, finissent dans des décharges ou sont incinérés1. Une fausse solution car la combustion libère du CO2 et parfois des produits toxiques.
Une histoire de chimie
Pourtant, la France s’est fixée pour objectif de recycler 100 % du plastique d’ici 2025. « C’est utopique, certaines matières ne seront jamais recyclables », affirme Stéphane Bruzaud, enseignant- chercheur à l'Institut de recherche Dupuy de Lôme, à Lorient. Pourquoi ? C’est notamment une histoire de chimie.
Les plastiques sont composés de monomères attachés ensemble formant des polymères, comme les perles d’un collier, auxquels sont ajoutés des additifs pour élaborer des plastiques aux caractéristiques diverses (souplesse, couleur, transparence...). 99 % du recyclage actuel, dit « mécanique », consiste à faire fondre le plastique pour qu’il se solidifie à nouveau, à température ambiante sous sa nouvelle forme. Cette technique abîme le collier qui ne pourra pas retrouver toutes ses perles, à l’exception du PET dont la structure chimique des polymères est en général simple et linéaire. Le plastique est donc dégradé et ne retourne pas à son état initial, c’est un recyclage en boucle ouverte : la matière est transformée en un nouvel élément qui donne un plastique recyclé de moindre qualité. De plus, certains plastiques sont trop petits pour être recyclés. C’est le cas du polystyrène (PS) des pots de yaourt. Recycler 100 % de nos déchets plastiques semble illusoire, même si la recherche avance et que des filières de valorisation du PS, du PET opaque et du PE (polyéthylène) devraient voir le jour d’ici 2025 d’après l’entreprise de recyclage parisienne Citeo.
Pour le moment, seulement 59 % des bouteilles et flacons en plastique sont recyclés. « Et ce n’est pas un recyclage parfait, même pour le PET transparent car nous ajoutons de la matière vierge pour refaire une bouteille, si bien qu’au bout de cinq cycles il n’y a presque plus de plastique recyclé », commente Nathalie Gontard, directrice de recherche àl’Inrae2 à Montpellier et auteure du livre Plastique, Le grand emballement3. La majorité des objets créés à partir de déchets plastiques sont en fait décyclés, et non pas recyclés. « Le décyclage est tout de même une forme de valorisation des déchets plastiques mais il doit s’accompagner d’autres offres comme le recyclage chimique », répond Stéphane Bruzaud.
Processus énergivore
Le recyclage chimique élimine les additifs et permet de casser les chaînes polymères sans les abîmer pour re-fabriquer des plastiques aux mêmes propriétés physiques, et ceci a priori à l’infini comme le verre. « Pour l’instant, le processus reste énergivore et utilise des solvants, ce qui soulève un certain nombre de questions environnementales », prévient le chimiste. Autre solution, le recyclage enzymatique promu par le laboratoire toulousain Carbios, qui permettrait la valorisation à l’infini du PET. « C’est une avancée formidable mais qui ne va pas résoudre le problème de la pollution directement liée à la quantité pharaonique de plastique que nous utilisons. Nous devons commencer par fermer le robinet des plastiques non utiles et développer le recyclage des plastiques utiles », conclut Nathalie Gontard. Aujourd’hui, les recyclages chimique et enzymatique ne sont pas des entreprises lucratives : la matière plastique vierge coûte moins cher aux industriels. « Il faut une complémentarité des voies de valorisation, du recyclage chimique, mécanique, mais aussi énergétique, et surtout supprimer les plastiques dont on peut aisément se passer », termine Stéphane Bruzaud. Recycler. Réutiliser. Et surtout réduire.
1. Au total, 34 % des déchets plastiques issus des emballages sont incinérés et servent à produire de l’énergie.
2. Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.
3. Aux Éditions Stock (2020).
nathalie.gontard [chez] inrae.fr (nathalie[dot]gontard[at]inrae[dot]fr)
stephane.bruzaud [chez] univ-ubs.fr (stephane[dot]bruzaud[at]univ-ubs[dot]fr)
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