L’envers du rêve synthétique
Plastique, quand la magie prend fin
Minuscules mais omniprésents, les micro et nanoplastiques font aujourd’hui l’objet d’une attention particulière au sein de la communauté scientifique. L’objectif :déterminer leur répartition et leurs effets sur l'environnement et la santé.
De taille infinitésimale, moins de 5 mm, les micro et nanoplastiques (MNP) prolifèrent dans le monde entier, en quantité insoupçonnée. Certains, dits primaires, proviennent d’une fabrication intentionnelle (paillettes, microbilles cosmétiques exfoliantes…) tandis que d’autres, dits secondaires, sont issus de la dégradation de plus gros plastiques. Usure des freins et pneus, microfibres textiles synthétiques, ou encore fragmentation des déchets plastiques en mer… les origines sont multiples.
Un envahissement invisible
Les MNP sont aujourd’hui retrouvés des grands fonds marins jusqu’aux plus hauts sommets montagneux, en passant par notre alimentation et nos poumons. À cause de leur dimension, ils sont en effet charriés par les eaux et le vent, et ingérés ou inhalés par les êtres vivants. La quantification réelle de ces infimes particules dans notre environnement reste néanmoins compliquée. « Les méthodes d'analyse actuelles ne permettent pas à la communauté scientifique d'accéder aux concentrations de MNP de manière exhaustive dans l'environnement, surtout pour les plus petites fractions de taille », déplore Ika Paul-Pont, chargée de recherche CNRS au Lemar1 à Brest. Seule certitude à ce jour, leur omniprésence sur Terre.
Les conséquences de cette insidieuse menace sur la biodiversité sont aujourd’hui à l’étude, et commencent à être entrevues. « Chez les bivalves2 qui ont ingéré des MNP, on constate des troubles digestifs, des perturbations endocriniennes ou encore une assimilation minorée des nutriments », rapporte l'écotoxicologue. Chez d’autres organismes, comme les poissons et oiseaux marins, d’autres effets sont détectés : fausse satiété, suffocations, inflammations pulmonaires, modifications génétiques…
Les conséquences globales de l’ingestion de MNP sur la santé humaine et animale sont encore néanmoins largement méconnues. Pour cause, la complexité de composition des plastiques : des additifs potentiellement toxiques sont ajoutés à la fabrication, mais n’y sont pas chimiquement fixés. « Une fois dans l’environnement, le plastique se fragmente en MNP et libère ces additifs », explique Lucie Poulain, doctorante en océanographie et biologie marine au Lemar à Brest.

© IFREMER
Microbilles de polystyrène fluorescentes dans le tube digestif d’une huître après une exposition expérimentale.
Dans l'estomac
Certains MNP véhiculent en outre des polluants. « Les nanoplastiques agissent comme des aimants, et retiennent à leur surface des hydrocarbures ou des métaux lourds, détaille la chercheuse. Or, des recherches ont permis de démontrer qu'une fois les plastiques ingérés, ces polluants sont libérés dans l'estomac. On parle d’effet “cheval de Troie”. » La lutte contre les MNP devra donc passer par une meilleure régulation de la composition et de la quantité de ces cocktails additifs-polluants, mais ne pourra se passer d’un combat parallèle : rompre la dépendance de nos sociétés au plastique, à travers un questionnement collectif de nos habitudes de consommation.
1. Laboratoire des sciences de l’environnement.
2. Mollusques à coquille composée de deux valves (huître, moule, palourde…).
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du magazine Sciences Ouest