Ennemi numéro 1 de la santé publique ?

Plastique, quand la magie prend fin

N° 415 - Publié le 21 décembre 2023
© MILATAS / ADOBE STOCK

Magazine

4513 résultat(s) trouvé(s)

Le plastique, ça pollue, cest bien connu. Mais cest aussi très néfaste pour la santé : les additifs chimiques sont toxiques, les microplastiques saccumulent dans lenvironnement et dans les organismes.

Qui n’a jamais fait réchauffer son plat à emporter dans un contenant plastique ? Pourtant, « c’est tout à fait déconseillé au quotidien, encore plus si c’est un aliment gras, explique Nathalie Bonvallot, toxicologue en santé publique à l’EHESP1 de Rennes. La chaleur et le gras sont deux éléments qui maximisent la migration des additifs vers la nourriture ».

Substances toxiques à foison


Présents dans tous les plastiques, ce sont ces fameux additifs qui leur donnent leurs caractéristiques : coloré ou transparent, dur ou souple, résistant à la chaleur… Le problème, c’est que nombre de ces substances sont toxiques. Certaines familles, comme les bisphénols, sont fortement soupçonnées d’être des perturbateurs endocriniens2. Quant aux phtalates, ils sont considérés comme facteurs de risques dans beaucoup de pathologies telles que l’obésité ou les troubles neurologiques.

Dans un rapport publié en septembre dernier, l’Agence européenne de l’environnement alerte d’ailleurs sur une exposition massive au bisphénol A (BPA), qui pourrait être supérieure aux niveaux de sécurité sanitaire… chez 100 % de la population. En France, son utilisation est interdite depuis 2015 dans les contenants alimentaires. « Il aurait fallu, pour réduire le risque, interdire du même coup tous les bisphénols qui ont une composition similaire, sur l’ensemble du marché. Mais les preuves de la dangerosité de cet additif n’étaient pas réunies pour tous les bisphénols à l’époque »,  appuie la scientifique. Elle continue : « Même si c’est long et très complexe, on sait évaluer les risques molécule par molécule. Mais on en sait encore peu sur l’effet cocktail, celui du mélange de toutes ces substances ». En 2015, de premières estimations chiffraient le coût de prise en charge des maladies causées par certains phtalates et le bisphénol A contenus dans les emballages alimentaires à quelque 26 milliards d’euros à l’échelle de l’Union européenne.

Il n’y a pas que les adjuvants des briques de lait et des revêtements antiadhérents qui sont à craindre. Plus connus pour la pollution qu’ils engendrent dans les océans, les microplastiques envahissent également les organismes : une étude publiée en 2022 a révélé pour la première fois leur présence dans le sang humain. Si les conséquences sur la santé sont encore méconnues, des travaux menés sur d’autres mammifères rapportent des lésions cellulaires ou des dommages causés à l’ADN.

Dans l'atmosphère


Au-delà de l’exposition directe, l’intégralité de la fabrication du plastique est nocive pour la santé. Depuis l’extraction des hydrocarbures, dont 99 % du plastique mondial est issu, jusqu’à la gestion des déchets, le processus émet dans l’atmosphère des polluants chimiques, qui sont ensuite respirés.
« Sur le long terme, la dégradation de l’environnement dégrade aussi notre santé. Il n’y a que des bénéfices à diminuer drastiquement notre consommation de plastique », conclut la chercheuse.

Anna Sardin

1. École des hautes études en santé publique.
2. Substances qui ont des effets nocifs sur l'activité hormonale.

TOUT LE DOSSIER

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest