Le smartphone : un outil essentiel pour les enfants placés ?

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N° 414 - Publié le 30 novembre 2023
@ DIMA BERLIN / ADOBE STOCK

Les applications intégrées dans nos téléphones ont bouleversé les manières de communiquer et offrent aujourd’hui aux familles séparées la possibilité de garder contact.

En France, plus de la moitié des enfants âgés de 7 à 14 ans possèdent un téléphone portable, dont l’utilisation suscite parfois l’inquiétude des adultes. Une loi a même été adoptée cette année pour obliger les réseaux sociaux à refuser l’inscription à leurs services des mineurs de moins de 15 ans, en l’absence d’accord parental. Mais en changeant de focale, les smartphones s’avèrent utiles pour d’autres usages, comme le maintien du lien familial, notamment dans le cadre des mesures de placement de mineurs. « Dans ces situations, les parents sont disqualifiés par la collectivité mais l’enfant a le choix d'entretenir la relation », explique Émilie Potin, maîtresse de conférences en sociologie à l’Université Rennes 2 et spécialisée dans la protection de l’enfance.

Échanger sur le quotidien


À travers la coordination d’un programme de recherche1, la sociologue a constaté la mobilisation de cet outil en complément de mesures plus classiques : « Avec les droits de visites traditionnels, les liens sont en suspens entre les rencontres, tandis que les échanges réguliers par téléphone ouvrent la possibilité de nourrir la relation différemment », remarque-t-elle. Mêmes avantages pour garder contact entre membres d’une fratrie séparée. « Cela permet d’échanger sur le quotidien, les plus grands pouvant par exemple vérifier ce qu’il se passe à l’école pour leurs frères et sœurs », poursuit la co-autrice de l’ouvrage Le smartphone des enfants placés2.

Surveiller les usages


Lors de mesures de placement, ce sont les parents qui se voient attribués des droits de visites, d’hébergement et de correspondance. Avec le smartphone, le mineur peut lui-même faire valoir un droit de communication, même s’il est encore peu encadré. « Le juge statue rarement sur cette correspondance numérique, sauf dans des cas d’interdiction de lien sur des faits graves comme des actes incestueux », reconnaît Émilie Potin. L’enfant gère donc ses échanges en choisissant ses interlocuteurs et le moyen de communication, tout en gardant la possibilité de bloquer la personne se trouvant de l’autre côté de l’écran. Cependant, « le smartphone et ses usages juvéniles suscitent chez les adultes de nombreuses inquiétudes, remarque la sociologue. Cet instrument modifie la gestion des relations dans le placement en écartant les professionnels et en donnant plus d’autonomie aux mineurs. Reste donc à repenser les manières d’accompagner pour ne pas sur-responsabiliser les plus jeunes et intégrer ces outils en faveur d’un réseau de liens solides et durables », suggère-t-elle.

NOLANE LANGLOIS

1. Soutenu par l’Observatoire national de la protection de l’enfance et la Mission de recherche droit et justice, il s’est achevé en 2018.
2. Publié aux Éditions Érès (2020).

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