Ouvrir les données spatiales, le défi de l’accessibilité
Le grand bleu vu du ciel
Parmi les données collectées par les satellites d’observation de la Terre, certaines sont en accès libre. Une opportunité pour la science et parfois un outil au service de l’intérêt général.
L’Espace grouille de satellites qui survolent silencieusement la Terre, ses continents et ses océans. Parmi les données ainsi collectées, certaines sont gérées par des opérateurs privés qui les utilisent directement ou les vendent tandis que d’autres sont en libre accès. « L’open data (ou données ouvertes, Ndlr) c’est le fait de rendre accessibles des données gratuitement et sans restrictions d’usages », souligne Boris Mericskay, enseignant-chercheur en géographie à l’Université Rennes 2.
Cartographier les zones côtières
Le projet européen Copernicus a été pensé dans cette logique. Lancé en 1998 et opérationnel depuis 1994, « le programme est servi par huit satellites qui collectent des données sur la Terre », explique Nicolas Bellec, coordinateur de l’Irispace1, à Plouzané (Finistère). La mise à disposition gratuite de données spatiales a impulsé la création de start-ups, comme la brestoise Hytech-Imaging, qui se sert des données de Copernicus pour cartographier les zones côtières.
« Mais Copernicus est surtout une révolution scientifique, poursuit Nicolas Bellec. Avant, l’accès aux données était compliqué et leur coût freinait les projets. » Toutefois, accessible ne veut pas dire à la portée de chacun. « Aujourd’hui, il n’y a que des professionnels qui utilisent l’open data, relativise Boris Mericskay, c’est-à-dire des scientifiques, des entreprises ou des data journalistes. Le citoyen lambda, sans compétences ni logiciels précis, n’est pas capable de les interpréter. »
Plusieurs millions de lignes
Bloom, une ONG française qui œuvre pour la protection des océans, a bien compris le problème. Elle a intégré à son équipe Augustin Lafond, un scientifique des données, spécialiste de leur traitement et de leur interprétation. « Il y a parfois plusieurs millions de lignes de données, donc il faut coder pour arriver à en extraire le propos », souligne-t-il. Un travail qui leur a notamment permis, en 2022, de mettre en évidence que près de la moitié de la pêche industrielle dans les eaux françaises se déroule dans les aires marines protégées, en utilisant les données ouvertes de la plateforme Global fishing watch.
Mais la résolution n’est pas toujours suffisante2. Alors il arrive que l’association achète des données. En milieu d’année, elle a acquis celles de 21 thoniers français dans l’océan Indien. « On a reçu un gros fichier qui reprend la position, la vitesse et le cap de chaque navire entre janvier 2021 et avril 2023 à chaque fois que leur AIS3 a été capté par le satellite, indique le scientifique. Cela nous a permis de prouver qu’ils l’éteignent parfois alors que c’est interdit. » Mais les données coûtent cher (environ 2 000 euros pour ce cas précis) et l’open data se révèle un véritable avantage pour le modèle économique, souvent précaire, des associations et de la recherche.
1. Institut régional de l’innovation spatiale.
2. Global fishing watch agrège des données satellitaires, ce qui les rend moins précises que des données brutes.
3. Système d’identification automatique qui permet d’identifier les navires depuis la côte ou l’Espace.
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du magazine Sciences Ouest