Dans les eaux du Morbihan, des déserts d’oursins

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N° 412 - Publié le 28 septembre 2023
© OLIVIER DUGORNAY / IFREMER
Champ d'algues laminaires dans le courant à Ouessant (Finistère).

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De nombreuses menaces pèsent sur les espèces peuplant les mers et les océans.Dans les eaux bretonnes, des bandes d’oursins déciment les forêts d’algues installées depuis bien longtemps, mettant en péril ces écosystèmes.

Au large des côtes morbihannaises, l’océan cache dans certains recoins un désastre invisible depuis la surface. Les algues laminaires qui tapissent le fond ont par endroit complètement disparu sous la pression de broutage d’une espèce d’oursin¹ qui nettoie les roches sur son passage, laissant à la place des forêts sous-marines de véritables déserts, vides de biodiversité. « Les plongeurs aguerris témoignent d’un changement d’ampleur sur de nombreux récifs situés entre Belle-Ile-en-Mer, Quiberon et la presqu’île de Rhuys », indique Martin Marzloff, chercheur en écologie marine à l’Ifremer, à Plouzané (Finistère).

Un phénomène d’ampleur


Avant de travailler en Bretagne, il a étudié la même chose dans d’autres eaux du globe. « Des déserts similaires se sont formés au large de la Tasmanie, du Canada et en mer Méditerranée. C’est toujours le même mécanisme : la prolifération d’oursins décime les champs d’algues, parfois sur plusieurs dizaines d’hectares. » Et l’ampleur du phénomène a de quoi inquiéter. « Les laminaires se comportent comme une forêt, explique le scientifique, qui tient à rappeler le rôle essentiel de ces algues dans les fonds marins du sud de la Bretagne. Elles atténuent les courants, créant un environnement stable et favorable à la biodiversité, elles régulent l’acidité de l’eau et sa température. Dans les déserts d’oursins, ce microclimat disparaît, ce qui entraîne un appauvrissement considérable des communautés d’espèces vivant dans les fonds. » On connaît encore mal les causes de la prolifération de cet oursin présent le long des côtes atlantiques, du Maroc à la Scandinavie. Nulle part ailleurs elle ne provoque de telles conséquences. Plusieurs pistes sont avancées par le chercheur : « Le développement des activités portuaires et littorales, la pêche des prédateurs de cette espèce, la migration d’animaux marins vers les pôles en raison du réchauffement des océans, peut-être même les désagréments venant de la construction d’un parc éolien… Il y a des perturbations locales, et bien sûr des perturbations globales ».

Changement climatique


Avec le projet Trident qu’il mène à l’Ifremer, Martin Marzloff compte cartographier les différents fonds marins et caractériser la faune et la flore qu’ils hébergent. « L’objectif est notamment de prédire les changements que subiront les profondeurs, comme ces grandes zones qui se désertifient, et d’en comprendre les causes. » De la même manière que sur la terre ferme, on tente d’anticiper comment le changement climatique affectera les forêts, ce qu’il adviendra d’une essence d’arbre et comment telle ou telle population d’oiseau pourra s’en accommoder. Mais cela peut également servir à envisager des solutions. Sur la côte canadienne, c’est la chasse des loutres pour leur fourrure qui a accéléré la formation de déserts d’oursins. Réintroduites, elles ont pu reprendre leur rôle de prédateur et réguler la population envahissante. Dans le Morbihan, c’est toujours à l’étude : « Il faut encore quelques années et des travaux de recherche dédiés pour comprendre, si ce phénomène persiste, comment l’inverser », tempère le chercheur.

Anna Sardin

1. Psammechinus miliaris.

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