Migration des passereaux : des filets dans les marais
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De juillet à octobre, au beau milieu des marais de la baie d’Audierne, dans le Finistère, une équipe de passionnés se lève bien avant l’aube pour étudier la migration des oiseaux.
Il ne fait pas encore jour. Il est 6h, l’air est frais et la mer bouge doucement dans la nuit. Quelques mètres en arrière, à l’entrée des marais qui entourent l’étang de Trunvel, à Tréogat (Finistère), six personnes attendent le lever du jour devant une cabane en bois, jumelles autour du cou et tartine de confiture à la main.
Chaque année, du 1er juillet au 31 octobre, la station de Trunvel, gérée par l’association Bretagne Vivante, bague les oiseaux qui se prennent dans les filets qu’elle installe sous l’égide du MNHN1. « Notre objectif, c’est d’étudier la halte migratoire des passereaux, en particulier celle du phragmite aquatique », détaille Gaëtan Guyot, responsable de la station. Pendant quatre mois, de 5h à midi, son équipe de professionnels et de volontaires formés répète inlassablement les mêmes gestes. Alors que le Soleil se lève sur la baie d’Audierne, les bagueurs enfilent des combinaisons étanches et avancent en direction du marais, un bâton à la main, pour garder l’équilibre dans la vase qui englue les jambes. Des filets, placés au début de la période de baguage, sont tendus au milieu de couloirs inondés, entre les roseaux.
Plaque d’immatriculation
Marie, bagueuse professionnelle, démaille délicatement une rousserolle avant de la glisser dans un pochon en tissu accroché à son cou. Une demi-heure plus tard, elle retourne à la cabane ; une dizaine de petits sacs gigotent doucement sur sa poitrine. Autour d’une table en bois, l’animal est identifié et bagué s’il ne l’est pas déjà. Sur chaque bague, un numéro unique, « comme une plaque d’immatriculation », sourit Gaëtan Guyot. Puis, un des membres de l’équipe souffle sur les plumes de l'oiseau pour évaluer ses réserves de graisses, le mesure et le pèse. Des informations soigneusement annotées, destinées à rejoindre les bases de données française et européenne de suivi des populations d’oiseaux. Au total, 10 000 passereaux passent chaque année entre les mains des bagueurs de Trunvel.
Des mots sur un bruit de fond
« Les couloirs de migration sont des autoroutes pour oiseaux et les haltes migratoires, comme ce marais, sont leurs aires de repos, illustre le responsable de la station. Depuis son ouverture, en 1988, on observe des changements. » Il y a par exemple moins de phragmites aquatiques. « L’espèce est très menacée, il n’en reste que 50 000 en Europe, et on le voit2 », poursuit le naturaliste, qui remarque aussi des décalages dans les périodes de migrations. Le bruant des roseaux a ainsi retardé son départ car le réchauffement du climat lui permet de rester plus longtemps dans les zones où il passe l’été. « Finalement, baguer nous permet de mettre des mots sur un bruit de fond, sur ce qu’est concrètement le changement global », résume Gaëtan Guyot, en relâchant le dernier oiseau. Il est 8h et les premiers rayons du Soleil commencent à chauffer. Les bagueurs s’apprêtent à repartir vers les marais.
1. Muséum national d’Histoire naturelle.
2. Depuis le début du 20e siècle, les effectifs mondiaux ont chuté de 90 %.
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