Puzzle archéologique sur murs antiques

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N° 410 - Publié le 26 mai 2023
MYR MURATET / INRAP VALENCE

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Julien Boislève, toichographologue, étudie les peintures et autres types d’enduits muraux. Une discipline méconnue mais essentielle à la compréhension des techniques, de l’art et de l’architecture des sociétés antiques.

En quoi consiste votre métier ?

Sous l’Empire romain, il était rare qu’une maison ne soit pas peinte. Lors de fouilles archéologiques, on retrouve parfois des murs ou des fragments de murs. Mon rôle est de les étudier, de la fouille au laboratoire, pour découvrir ce qu’ils peuvent nous apprendre.

Comment travaillez-vous ?

Dans certains cas, on découvre un mur encore debout, mais dans d’autres il ne reste que des morceaux rejetés dans une fosse, qui sont délicats à faire parler car difficiles à reconstituer. Parfois, on retrouve un mur effondré, dont les fragments sont restés en place après leur chute. Il faut les prélever en les numérotant et les cartographiant pour ne pas perdre leur cohérence.

Ensuite, vient la phase de remontage : les fragments sont mis en connexion, comme un puzzle, pour reconstituer le mur. Quand on a terminé, on documente les vestiges avec des photos et des dessins et on analyse ce qu’ils nous ont appris.

Justement, que nous apprennent ces fragments de mur ?

La richesse du décor nous en dit beaucoup sur le statut du propriétaire : le stuc coûtait plus cher que la peinture, par exemple. On repère aussi certaines modes qui permettent de dater la construction et en reconstituant les murs on peut estimer les dimensions de la pièce. Enfin, l’étude des traces laissées par les artisans dans l’enduit nous a notamment permis de comprendre qu’ils utilisaient des cordelettes pour peindre des lignes droites ou une petite incision à l’ongle pour marquer des repères, des mesures ou pour peindre des motifs géométriques complexes. Mais le revers du fragment est aussi important, les empreintes sur le mortier indiquent la nature du mur sur lequel on a peint : terre, pierre ou briques. Et parfois des briques creuses, comme des conduits qui signifient que la pièce était chauffée.

D’où vient le nom de votre métier ?

La discipline n’est pas récente mais pendant longtemps elle n’a pas eu de nom. En 2012, j’ai contacté l’Académie française, qui a proposé le nom de toichographologie qui signifie “étude des peintures murales” en grec ancien. Cela a contribué à donner un peu de visibilité au métier mais nous sommes seulement une dizaine en France à travailler sur la fouille et l’analyse en laboratoire. Comme je suis le seul en poste à l’Inrap1, je suis d’ailleurs amené à bouger un peu partout en métropole.

Que préférez-vous dans votre métier ?

J’aime croiser des domaines très variés : si je retrouve un mur avec une représentation de harpe, je vais me documenter sur les instruments de musique dans l’Antiquité. Quand on découvre des enduits incrustés de coquillages, je suis amené à travailler avec une spécialiste des coquillages. Mais ce qui me plait vraiment, c’est de produire quelque chose qui n’a pas de prix, la connaissance, et de la diffuser auprès du grand public.

VIOLETTE VAULOUP

1. Institut national de recherches archéologiques préventives, à Cesson-Sévigné, près de Rennes.

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