Fonds marins : l’exploitation minière en eaux troubles

Actualité

N° 410 - Publié le 26 mai 2023
TMC
Fin 2022, The Metals Company a été autorisée à tester son système de collecte dans le Pacifique, acheminant déjà 3 000 tonnes de nodules à la surface.

Magazine

4513 résultat(s) trouvé(s)

L’exploitation minière des océans pourrait débuter prochainement alors que des scientifiques du monde entier alertent sur la catastrophe environnementale qu’une telle pratique engendrerait.

toto

Tout au fond des océans, 4 000 à 6 000 m sous la surface de l’eau, gisent de petites roches noires riches en nickel, cuivre, cobalt et manganèse. De nombreuses compagnies minières lorgnent ces nodules polymétalliques, actuellement inaccessibles. Mais pour combien de temps encore ?
Un peu plus de la moitié des fonds marins est sous la juridiction de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM). En 2021, un compte à rebours a été enclenché, laissant deux ans – jusqu’au 9 juillet 2023 – à l’institution pour élaborer un code minier encadrant l’exploitation. Au-delà, des entreprises pourront demander à exploiter ces ressources minières et l’AIFM pourrait les y autoriser. Pourtant, dans le monde entier, des États, dont la France, des députés et des ONG demandent un moratoire. Car les scientifiques sont unanimes : « Nous ne connaissons pas assez les grands fonds pour envisager une telle pratique et en estimer les conséquences », souligne François Lallier, chercheur à la Station biologique de Roscoff, pour qui le principe de précaution demande d’appuyer sur le bouton pause avant qu’il ne soit trop tard.

Trop peu de connaissances

Les plaines abyssales, où se situent les nodules, font partie des milieux les moins bien connus de la planète. À chaque exploration, 70 à 90 % des espèces échantillonnées sont inconnues. Les exploiter « reviendrait à modifier tout un écosystème, ce serait encore plus dévastateur qu’une mine à ciel ouvert, alerte le biologiste. En enlevant les nodules, on priverait certaines espèces d’habitat et le panache de sédiments – probablement chargé en métaux lourds – créé par le ratissage du sol et le rejet des déchets après la collecte se disséminerait au gré des courants, affectant toute la colonne d’eau d’une manière pour l’instant impossible à modéliser. » Sans oublier la pollution lumineuse et sonore engendrée par les engins de collecte dans un environnement sans doute peu résilient. Ou encore les risques d’altération de la fonction de puits de carbone des océans, qui absorbent 93 % de l’excès de chaleur induit par les activités humaines.

Désengagement

« La première urgence est d’empêcher toute exploitation, la deuxième est de faire adopter le moratoire », souligne Anne-Sophie Roux, représentante française de l’ONG Sustainable Ocean Alliance. Déjà, plusieurs multinationales1 ont annoncé qu’elles n’utiliseraient pas de métaux issus des fonds marins. Un revers pour les entreprises minières, comme The Metals Company qui se dit prête à débuter l’exploitation et pour qui les nodules « constituent la voie la plus propre vers les véhicules électriques ». Mais les investisseurs sont de plus en plus réticents. Début mai, le géant du transport maritime Maersk a vendu ses parts de la compagnie. « De toute façon, cette industrie ne pourrait pas être viable financièrement puisqu’on ne sait pas comment extraire et valoriser les métaux des nodules », précise Anne-Sophie Roux. Le projet prendrait-il l’eau avant de débuter ?

VIOLETTE VAULOUP

1. Comme Google, Renault ou Samsung.

François Lallier
lallier@sb-roscoff.fr

TOUTES LES ACTUALITÉS

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest