Algues marines : un défi scientifique et commercial
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À Roscoff, des scientifiques étudient plusieurs espèces d’algues. Leurs résultats intéressent le grand public mais surtout les entreprises de nombreux secteurs, allant de l’alimentaire aux cosmétiques.
Par gros temps, les bourrasques et la pluie frappent de plein fouet la Station biologique de Roscoff. Cela n'empêche pas les scientifiques de plonger à la recherche de certaines espèces d’algues. D’autres sont accessibles à marée basse, il suffit de trouver les bons lieux et de les ramasser. Une partie est ensuite cultivée au laboratoire1, dans de grandes colonnes en verre au sein desquelles plusieurs paramètres peuvent être modulés (lumière, température, acidité, salinité...). C’est le cas de la dulse, une algue rouge pouvant mesurer jusqu’à 50 cm, qui intéresse Aurélien Baud, doctorant. « Cela fait 20 ans qu’on essaye de la domestiquer mais son cycle de reproduction est très complexe », explique le biologiste. Plusieurs défis se posent aux chercheurs pour comprendre les différentes espèces d’algues, de leur reproduction à leur croissance en passant par leur évolution et leur rapport avec l'environnement.
Connaître les algues et leur évolution
Pour étudier la croissance de l’ulve, une autre espèce appartenant aux algues vertes, Zofia Nehr, post-doctorante, utilise un banc de phénotypage. Au-dessus des petites algues qu’elle cultive, une caméra prend une photo toutes les cinq minutes. « Une fois les images assemblées dans un timelapse2, on voit que toutes les algues n’ont pas les mêmes courbes de croissance et ne poussent pas à la même vitesse », explique la biologiste marine. Une étude complétée par celle de l’ADN : « L’information génétique permet de déduire les processus à l’origine des évolutions des espèces d’algues et leurs modes de reproduction », explique Gwenn Tanguy, responsable technique de la plateforme Genomer.
Les recherches menées à la station intéressent également les entreprises ; connaître le cycle de vie des algues leur permettrait de les cultiver3. Une opportunité alléchante pour « les firmes des secteurs pharmaceutique, cosmétique, énergétique et alimentaire selon les propriétés de certaines espèces », souligne Bertrand Jacquemin, biologiste marin. La recherche appliquée est plus simple à faire financer puisque les entreprises y trouvent un intérêt immédiat. C’est ce que fait Zofia Nehr qui, en croisant différentes algues, cherche à obtenir une souche aux propriétés optimales qui sera ensuite cultivée pour être commercialisée.
Enrichir les connaissances
D’après Bertrand Jacquemin, il reste cependant essentiel de mener des recherches fondamentales pour « enrichir les connaissances scientifiques et mieux comprendre le monde qui nous entoure ». Par exemple, en faisant varier la température des bassins des algues qu’il cultive, Aurélien Baud apporte des réponses relatives aux effets du réchauffement climatique sur la dulse.
MAUREEN BELLIARD
LILIAN LEMAIRE
Etudiants en 2e année de journalisme à l’IUT de Lannion.
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