Les secrets des navires perdus

Sous l'eau, des trésors endormis

N° 409 - Publié le 4 mai 2023
TEDDY SEGUIN / ADRAMAR / DRASSM
Les scientifiques examinent minutieusement les épaves, ici une de celles de la Natière, au large de Saint-Malo.

Magazine

4513 résultat(s) trouvé(s)

Découvrir un vieux bateau sous l’eau, c’est exaltant. Mais comment faire parler ces épaves qui jonchent les fonds marins, parfois depuis des siècles ?

Partir d’un fond de coque en bois recouvert par la vase et réussir à identifier les descendants du capitaine de ce navire échoué. C’est le genre de tour de force que permettent les recherches en archéologie marine. Pourtant, les épaves ne déclinent pas facilement leur identité, alors toute une équipe de scientifiques s’emploie à les faire parler.

Première grande épreuve : la datation. « En fonction des bateaux que l’on retrouve, de leur fonction passée et de l’époque du naufrage, les éléments qui permettent de les dater ne sont pas les mêmes », explique Anne Hoyau-Berry, archéologue à l'Adramar1. Sur les vestiges métalliques2, le moteur, son positionnement, l’hélice, ou encore le type de métal utilisé pour la coque sont autant d’éléments qui permettent de restituer la date de construction. Pour les vestiges en bois, on ne retrouve généralement que deux des trois dimensions de la coque, ce qui complexifie l’enquête archéologique. Il s’agit alors de collecter le maximum d’indices pour percer les secrets de l’épave : on tente de relever le façonnage de la quille, de reconstituer l’architecture du bateau, on analyse le bois utilisé pour sa construction et on inventorie les objets et l’artillerie qu’il contient encore. Il arrive pourtant que le puzzle ne soit pas complet. Ainsi, certaines épaves restent non identifiées, faute d’archives ou de moyens pour organiser des plongées scientifiques.

Le rôle essentiel des archives

Dans cette quête biographique, les archives sont des alliées incontournables. « Dès la seconde moitié du 17e siècle, la France se dote d’une flotte de guerre permanente et se donne les moyens de devenir une puissance maritime, raconte Christophe Cérino, historien maritime à l’Université Bretagne Sud. Cela s’accompagne de la formation d’une administration décentralisée, qui va générer une quantité considérable de documents ». Aujourd’hui, ces archives permettent de retracer les échanges maritimes, la nature des marchandises et des armes embarquées, ou encore l’identité des marins. Mais le scientifique assure que « l’éclairage des fouilles sous-marines est indispensable, notamment pour la connaissance des techniques de construction navale. Avant la période moderne, c’est même notre source principale ». L’examen minutieux des épaves permet ainsi de comprendre quels étaient les astuces d’assemblage des charpentiers, ou encore les objets usuels à bord, ce que ne retracent pas les documents officiels.

Les épaves de la Natière

Pour Anne Hoyau-Berry, l’intérêt de ces recherches est bien d’attester de la réalité. « Les archives nous enseignent qu’aux 17e et 18e siècles, une ordonnance royale interdit le jeu à bord, principalement pour ne pas engendrer de bagarre. Mais au cours de certaines recherches, par exemple dans les épaves de la Natière, à Saint-Malo, nous avons retrouvé des dés à jouer. Il y a la règle générale et son application, déclare la chercheuse, pour qui l’archéologie permet de recueillir des témoignages uniques. Notre travail permet de déconstruire les idées reçues, de découvrir l’Homme dans la réalité de son époque. »

ANNA SARDIN

1. Association pour le développement de la recherche en archéologie marine.
2. À partir du 19e siècle.

TOUT LE DOSSIER

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest