Crypto : des monnaies sans banque

Les monnaies en constante évolution

N° 407 - Publié le 24 février 2023
ANDRÉ FRANÇOIS MCKENZIE / UNSPLASH
Les Casascius sont des Bitcoins en pièces dont le prix explose du fait de leur rareté : il en existe moins de 28 000.

Depuis l'apparition du Bitcoin en 2008, les cryptomonnaies se développent à une vitesse exponentielle. Mais il y a peu de chances qu'elles puissent supplanter le système financier mondial.

Le concept a émergé dans les années 1980. L'idée : créer une monnaie alternative et intraçable, qui fonctionne sans banque. Mais il faut attendre 2008 pour que la première cryptomonnaie, le Bitcoin, soit créée par une ou plusieurs personnes sous le pseudonyme de Satoshi Namakoto. Après les premières transactions en 2010, de nouvelles cryptomonnaies apparaissent et deviennent des actifs financiers et de spéculation. Parmi elles, des monnaies numériques publiques1, adossées à un grand registre sécurisé et transparent appelé blockchain, et d'autres privées2.

Plus de 20 000 cryptomonnaies

« On compte aujourd’hui 22 000 cryptomonnaies différentes. Avant la chute de leurs cours en 2022, elles capitalisaient 2 000 milliards d’euros, soit presque le PIB de la France, dont 876 milliards uniquement pour le Bitcoin et 410 milliards pour l'Ethereum », précise Franck Martin, professeur à l’Université de Rennes. Historiquement, il existait deux plateformes en ligne pour investir dans les cryptomonnaies : FTX, qui a fait faillite en novembre dernier, et Binance. Dans certains pays, il est même possible d'investir directement depuis des applications mobiles.

La plupart des cryptomonnaies ne distribuant pas de dividendes, leur intérêt principal est de miser sur une plus-value future. « Dans les pays développés avec une monnaie stable, les cryptomonnaies permettent avant tout de faire des transferts internationaux à moindre coût et plus rapidement. Mais dans les pays en crise monétaire, elles peuvent offrir une protection contre l’hyperinflation », explique Josué Thélissaint, doctorant au Crem3 à Rennes. « Elles sont ainsi très utilisées par les populations de pays émergents comme le Vietnam ou la Colombie », souligne Fabien Rondeau, maître de conférences en sciences économiques à l’Université de Rennes. Seuls deux pays les ont officiellement reconnues sur le même plan que les monnaies traditionnelles : le Salvador en 2021 et la Centrafrique en 2022.

Josué Thélissaint pointe aussi la dimension sociale des cryptomonnaies : « Elle permettent d'afficher une position de richesse ou peuvent être présentées comme un facteur de liberté. » Aussi, les monnaies numériques se font plus particulièrement une place dans l'art et l'immobilier, car les certifications d'identité numérique4 peuvent fonctionner comme des droits de propriété. Si la question de l'utilisation des cryptomonnaies comme instrument de blanchiment d'argent est souvent évoquée, leur usage à ces fins ne dépasserait toutefois pas 1 % de la totalité des transactions, selon Chainalysis, une société américaine d’analyse de blockchain.

Vers un euro numérique

La principale limite des cryptomonnaies résiderait dans le fait que les banques centrales ne souhaitent pas voir apparaître des monnaies parallèles qui échappent à leur contrôle. Cela a conduit la Banque centrale européenne à avancer sur la création d'un euro numérique, une monnaie équivalente aux espèces mais sous forme électronique. « Les banques centrales perçoivent l'intérêt de passer au digital », remarque Tovonony Razafindrabe, maître de conférences en sciences économiques à l’Université de Rennes. « Toutefois, il serait extrêmement difficile de changer tout un système financier mondial. Surtout si le mécanisme permettant aux banques de créer de l'argent pour le prêter s'en trouve affecté. »

MATTHIEU STRICOT

1. Visibles et modifiables par tous (telles que le Bitcoin et l'Ethereum).
2. Dont le contenu n'est pas disponible publiquement et / ou dont la validation est soumise à des permissions préétablies par une autorité (comme Diem, lancée par Facebook).
3. Centre de recherche en économie et management.
4. Telles une carte d'identité, c’est un moyen d'authentifier l'identité d'un individu ou d'une personne morale.

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