Réduction des pesticides : l’économie à la rescousse
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Alors que le débat sur la réduction des pesticides a été relancé début février, des économistes cherchent des solutions pour inciter les agriculteurs à réduire leur utilisation, sans les pénaliser.
Une trentaine d’ONG et 28 députés ont déposé un recours le 2 février devant le Conseil d’État pour dénoncer des « carences dans l’homologation des pesticides » de la part de l’exécutif et la « sous-évaluation de leur toxicité. » Des revendications qui remettent une nouvelle fois en question la place prépondérante des produits phytosanitaires dans le modèle agricole français tout en faisant écho à l’objectif de réduction de 50 % des pesticides préoccupants d’ici 2030, prévu par le Green Deal européen, adopté en 2022. Mi-février, l'Anses1 a d'ailleurs lancé une procédure de retrait du marché de l'un des herbicides les plus utilisés en France, le S-métolachlore.
« Pendant longtemps, pour protéger les cultures, le progrès technique était incarné par les pesticides. Aujourd’hui, c’est tout ce qui va dans le sens de leur abandon », remarque Alain Carpentier, économiste à l’Inrae2, à Rennes, et membre du comité de pilotage du projet FAST3. Car les effets délétères des produits phytosanitaires sur la santé humaine et environnementale sont désormais bien connus.
« Ils ont des effets directs sur les invertébrés terrestres, qui se traduisent par une mortalité des individus, mais aussi par une altération de leur physiologie, comme leurs capacités de reproduction, ce qui fragilise les populations à long terme », souligne Stéphanie Aviron, directrice de recherche en écologie à l’Inrae, à Rennes. Sans oublier que « les pesticides raréfient les ressources alimentaires de certaines espèces. » Mais ces produits sont tellement intégrés au modèle économique agricole français qu’il est nécessaire d’aborder la question de la réduction de leur utilisation sous l’angle économique. Et, pas de mystère, « ce sera coûteux, tranche Alain Carpentier, car il n’existe pas d’alternative aussi efficace et rentable. »
Dans le cadre du projet FAST, une trentaine de scientifiques cherchent à comprendre les motivations derrière les choix que font les agriculteurs et travaillent sur la manière de les infléchir « sans punir », en modélisant par exemple les effets des politiques publiques. « On ne peut pas simplement interdire l’utilisation de tous les pesticides, prévient par ailleurs le chercheur. Sinon les rendements diminueraient, ce qui mettrait de nombreux exploitants en grande difficulté. De même, les prix des produits agricoles exploseraient et les importations augmenteraient. »
Taxer sans pénaliser
Alors comment amener les agriculteurs à utiliser moins de pesticides tout en maintenant leurs revenus ? L’encouragement et les formations ont bien été testés en Europe, mais sans grand succès « parce qu’on demande aux agriculteurs de se passer d’un produit pas cher et efficace », analyse Alain Carpentier. Pour lui, il faut continuer à chercher des alternatives aux pesticides tout en faisant pression sur leur usage. En augmentant les taxes sur ces produits, sans pour autant pénaliser les exploitants. En clair, augmenter la facture des pesticides et utiliser les recettes de ces taxes pour soutenir les revenus des agriculteurs. L’objectif : inciter ces derniers à réaliser des économies en réduisant leur recours aux pesticides.
1. Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail.
2. Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.
3. Faciliter l’action publique pour sortir des pesticides, 2020-2026
Alain Carpentier
alain.carpentier@inrae.fr
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