Prise de sang, ADN et cancer : un nouveau genre de biopsie

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N° 407 - Publié le 24 février 2023
PATRICE LATRON / INSERM
La biopsie liquide peut aussi être utilisée pour détecter des maladies se traduisant par une mort cellulaire importante, comme Alzheimer.

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Rapide et peu invasive, la biopsie liquide est une technique prometteuse pour détecter les cancers et suivre leur évolution. Mais de quoi s’agit-il ?

L’aiguille perce la peau. Le tube se remplit de sang. L’opération n’a duré que quelques secondes mais la quantité d’informations récoltées est déjà faramineuse. Comme des détectives, les scientifiques vont analyser cette prise de sang et traquer les indices pour établir le portrait-robot du coupable. Ici, c’est une tumeur. Les indices : des fragments d’ADN. Car lorsqu’une cellule meurt, elle relâche une partie de son ADN dans le sang. S'il s’agit d’une cellule tumorale, ce morceau d’ADN renferme toutes les altérations génétiques de la cellule d’origine, et donc de la tumeur. Et cette mine d’informations est accessible à partir d’une simple prise de sang. On parle de biopsie liquide.

Un meilleur suivi

Depuis une dizaine d’années, la recherche dans ce domaine explose. La technique est en effet plus que prometteuse. Traditionnellement, lorsqu’un cancer est repéré, on extrait un morceau de la tumeur pour l’analyser. C’est la biopsie tissulaire. Mais elle nécessite d’anesthésier le patient, l’opération doit être réalisée par un médecin et parfois, la tumeur est difficile d’accès. La biopsie liquide est donc bien plus simple, plus rapide et moins invasive.
Elle peut ainsi être répétée plus souvent qu’une biopsie tissulaire, notamment pendant la thérapie. « Dans le cas d’une chimio, au bout de trois mois on regarde par imagerie si la taille de la tumeur a diminué. Avec la biopsie liquide, on peut savoir dès 30 jours si le patient répond ou pas, et donc adapter le traitement plus vite », souligne Charlotte Proudhon, chargée de recherche à l’Irset1, à Rennes. Les prises de sang peuvent également se poursuivre au cours de la phase de rémission, pour détecter une rechute plus tôt. Autre avantage : « la biopsie liquide permet dans certains cas de repérer si la tumeur devient résistante au traitement et donc d’ajuster la thérapie », ajoute Marie-Dominique Galibert, directrice du service moléculaire et génomique du CHU de Rennes. 

Altérations plus rares

« Classiquement, quand on analyse l’ADN tumoral récupéré dans la prise de sang, on cherche les mutations récurrentes, explique Charlotte Proudhon. Ce qui veut dire que l’on ne repère pas les altérations plus rares. » Par exemple, dans le cas d’un sous-type de cancer du sein, la mutation la plus courante est celle du gène TP53. Mais au moins 10 % des malades ne présentent pas cette altération.
Pour affiner la précision de la biopsie liquide et ainsi mieux détecter les fragments tumoraux, il faudrait se pencher sur d’autres marqueurs : les facteurs épigénétiques2. C’est ce sur quoi travaillent Charlotte Proudhon et son équipe. « Ils sont eux aussi altérés en cas de cancer. L’idée, c’est d’élargir les pistes analysées sur l’ADN tumoral quand on fait une biopsie liquide », poursuit la chercheuse.

Au cas par cas

Aujourd’hui, la technique est utilisée lorsque « l’on veut un résultat en urgence ou quand la tumeur est inaccessible, c’est un peu au cas par cas. L’objectif n’est pas de la substituer entièrement à la biopsie tissulaire », précise Marie-Dominique Galibert. En somme, un outil de plus pour lutter contre les cancers.

VIOLETTE VAULOUP

1. Institut de recherche en santé, environnement et travail (Université de Rennes, Inserm).
2. Des informations qui ne sont pas inscrites dans l’ADN.

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