Le cerveau, sous le coup de l’émotion

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N° 407 - Publié le 24 février 2023
JACOB LUND / ADOBE STOCK

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Les émotions naissent au cœur de notre cerveau grâce à des réactions électro-chimiques complexes. Mais l'environnement joue aussi un rôle.

Quand vous avez peur d’une araignée, que vous pleurez devant un film ou qu’un cri de joie vous échappe devant un cadeau, cela traduit l’activation quasi-instantanée de plusieurs zones de votre cerveau. Des profondeurs du système limbique1 aux zones sensorielles du cortex, « nos émotions sont déclenchées par des réseaux de neurones qui s’activent et libèrent des signaux chimiques », explique Mickael Derangeon, maître de conférences en physiologie et neurophysiologie à Nantes Université. Un mécanisme qui interroge ; serions-nous esclaves de nos émotions ?
Pour connaître la réponse, il faut se pencher sur le fonctionnement d’un système essentiel, situé dans le cerveau : le circuit de la récompense. Mis en évidence par Olds et Milner en 1954, il “récompense” l’exécution de fonctions vitales, comme se nourrir, boire et se reproduire, par une sensation agréable médiée par la dopamine2, connue sous le nom de l’hormone du plaisir.
« Ce système est au centre des agissements, développe Mickael Derangeon. Les émotions générées assurent notre survie, mais peuvent aussi être à l’origine d’addictions. » Cette dépendance au circuit de la récompense est bien connue par les ingénieurs de la Silicon Valley3, qui s’en sont servi pour concevoir les interfaces des réseaux sociaux, toujours plus addictives. Elles mettent en avant les likes et le nombre de vues, plus susceptibles de libérer de la dopamine et d'ainsi augmenter notre temps passé devant les écrans. Mais heureusement, nos neurones ne sont pas les seuls à gérer nos émotions !

Le microbiote intestinal

« Les cellules qui  entourent un neurone, les astrocytes, contrôlent aussi son activité », rappelle Mickael Derangeon. De nouvelles études ont également démontré l’importance du microbiote intestinal dans la libération de la dopamine. Les bactéries dans l’intestin seraient donc directement reliées à nos émotions.

Tel un feu d'artifice

Il ne faut pas non plus oublier l’influence de l’âge : nous régulons plus difficilement nos émotions quand nous sommes jeunes. « Le système nerveux n’est mature qu’autour de 25 ans, précise le chercheur. Chez les adolescents, il y a tellement de connexions dans tous les sens qu’une émotion ressemble à un feu d’artifice ! » D’où l’importance de l’entourage à cette période pour renforcer ou inhiber certains comportements, notamment en aidant à gérer des émotions négatives. « Des parents colériques n’aident pas leurs enfants à réagir calmement », ajoute le chercheur. Plus question de blâmer notre cerveau. Entourons-nous plutôt des personnes qui nous font du bien, et nos émotions nous remercieront.

SOPHIE PODEVIN

1. Zone entre nos deux hémisphères cérébraux, qui regroupe l’hypothalamus, le thalamus, l’amygdale et l’hippocampe.
2. Un neurotransmetteur, soit une molécule chimique qui transmet de l’information entre deux neurones.
3. Regroupement de start-ups du numérique dans la baie de San Francisco (Californie).

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