Lorsque la maladie reste un mystère
Maladies rares : entre progrès et difficultés
À cause de leur nombre et de l’hétérogénéité des symptômes, les maladies rares sont difficiles à diagnostiquer. Quelles solutions sont mises en place pour mieux les identifier ?
Erreur ou absence de diagnostic, patient mal orienté… Vivre au quotidien avec une maladie rare peut être un vrai parcours du combattant. Un quart des patients attendent plus de cinq ans avant d’obtenir un diagnostic. « C’est ce qu’on appelle l’errance diagnostique », précise le professeur Stéphane Bézieau, chef du service de génétique médicale au CHU de Nantes.
Manque de connaissances
Ce phénomène s’explique notamment par le manque de connaissances des professionnels de santé de première ligne, tels que les médecins généralistes peu confrontés à ce type de pathologies. Et même quand le symptôme est repéré, il faut encore trouver la cause de la maladie ! Ainsi, « en cas de déficience intellectuelle, par exemple, plus de 1 500 gènes peuvent être impliqués. Il y a donc au moins 1 500 maladies différentes possibles. »
Mais dans certains cas, malgré tous les examens réalisés, aucune maladie n'est identifiée. On parle d’impasse diagnostique. « Les patients ne peuvent alors être ni conseillés ni informés de la nature et des conséquences de leur maladie, ce qui est un vrai problème », poursuit Stéphane Bézieau.
Séquençage haut débit
Sachant que ces maladies sont à 80 % d’origine génétique, l’une des solutions développées ces dernières années pour réduire l’errance et l’impasse diagnostiques est le séquençage haut débit du génome. « Cette méthode moléculaire permet de scanner en quelques heures la séquence d’ADN d’un patient. » Commence alors le jeu des sept erreurs où le but est d’identifier les différences entre cette séquence et une autre, dite de référence. « Ces écarts nous renseignent sur les anomalies de certains gènes qui peuvent expliquer la maladie », poursuit le spécialiste.
Malgré tout, il arrive que l’étude du génome ne suffise pas à poser un diagnostic. Pour y remédier, les services de génétique et de biologie des CHU du Grand Ouest ont créé fin 2021 la fédération hospitalo-universitaire Génomeds1. « Il s’agit d’examiner les gènes d’un patient mais aussi l’ensemble des molécules impliquées dans le fonctionnement cellulaire, telles que l’ARN ou les protéines, et leur environnement », explique Stéphane Bézieau, qui coordonne la fédération avec Sylvie Odent, professeure de génétique au CHU de Brest. L’objectif ? Trouver d’autres méthodes d’analyses et sensibiliser les professionnels de santé aux maladies rares.
1. Qui implique scientifiques et associations de patients notamment.
Stéphane Bézieau
stephane.bezieau@chu-nantes.fr
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