L’étrange métabolisme du fer dans l’Espace

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N° 405 - Publié le 28 décembre 2022
DLR
En 2019, pour une étude portée par l'Esa et la Nasa, 24 personnes sont restées alitées 60 jours pour modéliser l'absence de gravité sur le corps humain.

En cas d’inactivité extrême, comme chez les astronautes, la répartition du fer dans le corps est modifiée. Un mécanisme encore mal connu, qui pourrait faire avancer l’exploration spatiale.

Quel est le point commun entre un astronaute et un patient en réanimation ? Pour Mathieu Horeau, doctorant en sciences et techniques des activités physiques et sportives à l’Université de Rennes 1 et à l’Inserm (Institut NuMeCan), la réponse est évidente. « Ils sont tous les deux exposés à une inactivité extrême », indique le chercheur de 25 ans, qui a investi les paillasses du laboratoire Mouvement, sport et santé (M2S), à Bruz, il y a trois ans. Son objectif : comprendre comment le métabolisme du fer évolue chez des personnes confrontées à une inactivité extrême.
Imaginez un astronaute. En impesanteur, il utilise beaucoup moins ses muscles que sur Terre. Alors, ces derniers s’atrophient « et laissent s’échapper une partie du fer qu’ils stockaient, car ils n’en ont plus besoin pour fonctionner », explique Mathieu Horeau. Mais pour aller où ? Car le fer ne disparaît pas. Il est redistribué dans d’autres parties du corps, en différentes concentrations. « Il a tendance à se stocker dans le foie et dans la rate », poursuit le doctorant en soulignant les nombreuses inconnues qui parsèment encore le sujet. « Cette répartition anormale est-elle une adaptation à l’absence soudaine d’activité ? Ou bien s’agit-il d’un phénomène dangereux pour la santé ? »

Poser un pied sur Mars

Les réponses à ces questions sont d’ailleurs très attendues par la Nasa. L’agence spatiale américaine souhaite envoyer le premier Homme sur Mars d’ici 2033. Mais au terme d’un tel voyage, la capacité des astronautes à mener à bien leurs missions pourrait être compromise. Aujourd’hui, après six mois dans la Station spatiale internationale, ils doivent passer par une phase de rééducation pour pouvoir remarcher. Dès lors, difficile d’imaginer fouler le sol de la planète rouge après un ou deux ans en impesanteur.

En fonction du sexe

Depuis une étude menée en 2019 par l’Agence spatiale européenne auprès de 24 personnes alitées pendant 60 jours, pour mimer l’absence de gravité, l’équipe de Mathieu Horeau suggère que la régulation du fer pourrait s’opérer différemment selon le sexe. Le doctorant planche actuellement sur les potentiels mécanismes à l’origine de ces différences de réponse. « Les pertes menstruelles pourraient contribuer à une élimination du fer et les préserver de l’accumulation », avance-t-il prudemment.
À terme, comprendre le changement du métabolisme du fer pourrait permettre de proposer des conseils pour les astronautes en vue de longs voyages spatiaux. On peut ainsi imaginer de nouvelles stratégies nutritionnelles ou une intensification de l’activité physique pour limiter les effets de l’impesanteur.

VIOLETTE VAULOUP

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