Polars : la recette du succès
Acte criminel : les scientifiques mènent l'enquête
Les divertissements policiers attirent un public fidèle. Deux spécialistes décryptent les ficelles de ces productions culturelles.
Un quart. C’est la proportion que représentent les ventes de romans policiers au rayon littérature1. « La qualité de l’écriture est parfois discutable, mais ce n’est pas ce que les lecteurs recherchent », assure Benoît Tadié. Ce professeur de littérature américaine fait justement partie des adeptes. Récemment installé à l’Université de Nanterre après avoir enseigné pendant 15 ans à l'Université Rennes 2 il étudie l’évolution des différentes formes de fictions policières, appelées polars. « Le genre requiert la représentation d’au moins un homicide violent, au coeur du récit. » Il s’agit là du seul point commun entre des types d'oeuvres très diversifiés. Le roman noir, par exemple, aborde des sujets de fond, ce qui n’est pas le cas du roman à énigme classique. « Dans ce cas, le schéma narratif est relativement répétitif : un meurtre, une enquête, une résolution. Et c’est justement ce que les lecteurs attendent, souligne Benoît Tadié. Ils veulent revivre la même expérience psychologique. » Le style d’écriture, dénué d’ambitions élitistes, garantit son accessibilité au grand public.
Très souvent en duo
Quant aux personnages principaux, ils présentent également certaines caractéristiques récurrentes. « On retrouve très souvent un duo masculin composé d’un enquêteur extraordinairement intelligent et de son assistant aux capacités ordinaires. » Ce dernier assure alors la narration et permet au lecteur de s’identifier à lui. Tandis que l’enquêteur rassemble des indices au premier abord incompréhensibles, l’assistant mène une enquête parallèle pour tenter de percer les mystères entourant la personnalité de son partenaire. Ainsi, les aventures de Sherlock Holmes2 sont racontées à travers le regard de son assistant, le célèbre Docteur Watson3. Une configuration stéréotypée qui ne semble pas lasser les lecteurs, en témoigne le succès rencontré par La Vérité sur l’affaire Harry Québert de Joël Dicker, publié en 2012. Les deux oeuvres littéraires ont d’ailleurs fait l’objet d'adaptations télévisées.
Multiples formats
Pour Jean-François Abgrall, ancien enquêteur de la PJ4 spécialisé dans les homicides, les polars audiovisuels répondent tout de même à certains effets de mode. Aujourd’hui détective privé près de Brest, et consultant indépendant pour le petit comme le grand écran, il remarque que les productions tentent actuellement de se renouveler. « La figure du criminologue magicien a fait son temps. Mais le charisme des personnages principaux reste bien plus important que l’enquête en elle-même. » Le format et le traitement des histoires dépendent notamment des publics visés : TF1 met en avant des acteurs célèbres pour plaire aux seniors, alors que Canal+ mise sur des images crues pour conquérir les jeunes adultes… « Il y a aussi d’importantes différences culturelles. Les séries britanniques se concentrent sur l’intimité des personnages. En Belgique, les téléfilms évoquent beaucoup les grands problèmes de société. Mais en France, les histoires restent plus superficielles. » De quoi satisfaire toutes les sensibilités !
1. En 2021, d’après le Syndicat national des éditeurs.
2. Écrites par Arthur Conan Doyle entre 1887 et 1927.
3. D’où l’expression “Élémentaire, mon cher Watson !”.
4. Police judiciaire.
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du magazine Sciences Ouest