La scène de crime en dit long sur son auteur

Acte criminel : les scientifiques mènent l'enquête

N° 404 - Publié le 29 novembre 2022
PASCAL POCHARD - CASABIANCA / AFP
La police scientifique intervient sur les lieux d'un meurtre à Ajaccio, en Corse, en juin 2020.

Peut-on vraiment savoir ce qu’il se passe dans la tête d’un criminel ? Les profilers des séries et des polars nous donnent envie d’y croire.

Chercher la vérité pour comprendre l’incompréhensible. C’est la mission d’Astrid Hirschelmann, co-responsable du Master 2 de criminologie à la faculté de médecine de Rennes et psychologue spécialisée en criminologie1. Elle analyse des scènes de crime pour reconstituer l’état psychologique du criminel.

Planifié ou impulsif

Une scène ordonnée, où les traces du meurtre auraient été consciencieusement effacées, peut révéler un état d’esprit calme, organisé voire obsessionnel chez le criminel. « Dans ces cas-là, l’auteur a pris son temps, précise Astrid Hirschelmann. C’est une façon de s’adresser à ceux qui vont découvrir le lieu. On peut imaginer que l’acte a été planifié et exclure un état psychologique délirant. » L’absence de trace est aussi un indice et peut cacher la signature de l’auteur. « C’est dans les scènes en apparence maîtrisées qu’il faut être particulièrement méticuleux », ajoute la psychologue.

À l’inverse, les scènes de crime chaotiques et sanglantes, comprenant par exemple des mutilations du cadavre ou des brûlures pour tenter de masquer les indices, laissent plutôt penser à un acte impulsif, sans préméditation.
« Souvent, le criminel quitte les lieux dans un état second. Il peut errer plusieur heures ou même s’endormir près du corps, raconte la psychologue. Ces auteurs sont soulagés quand ils sont arrêtés par la police. Le plus difficile c’est “l’après” crime lorsque l’acte n’a rien résolu. »

Comprendre l’acte

Quand Astrid Hirschelmann rencontre les personnes mises en examen, elle essaie de comprendre les mobiles apparents et les motivations psychologiques qui ont déclenché le passage à l’acte. « À l’origine, il y a toujours un conflit pour l’individu. Il peut être intrapersonnel, psychique ou interpersonnel. Le crime apparaît alors à l’auteur comme la seule solution. » La spécialiste met d’ailleurs en garde contre les différents profils présentés dans les séries. « Ces catégories de personnalités ne sont pas si fiables contrairement à ce que laisse croire la fiction, et c’est une bonne chose ! On est humain : tout n’est pas prévisible. » Il faut par exemple prendre en compte le contexte familial, professionnel, économique ou psychologique de l’auteur. Savoir ce qu’il se passe dans la tête d’un criminel n’est donc pas la bonne solution. Comprendre la signification de son acte, en revanche, permet de prévenir les risques de récidives et d'instaurer une éventuelle prise en charge médicale. Qui a dit que les psychologues n’avaient pas leur place dans la police ?

SOPHIE PODEVIN

1. Professeure à l’Université de Caen.

Astrid Hirschelmann : astrid.hirschelmann@unicaen.fr

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