À Brest, un Coréen étudie le breton

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N° 404 - Publié le 29 novembre 2022
MATHIEU LE GALL

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Seongwoo Kang, 23 ans et originaire de Corée du Sud, se passionne pour la langue bretonne. Rencontre avec cet étudiant pas comme les autres !

9350,38 km, c’est la distance qui sépare la ville de Suwon, en Corée du Sud, et Brest. Il y a quatre ans, Seongwoo Kang a entrepris ce long voyage dans un seul but : étudier le breton à l’Université de Bretagne Occidentale.

Une série d'événements

Son histoire d’amour pour la langue bretonne résulte d'une série d’événements. Et tout a commencé dès le lycée, en Corée, où il apprend d’abord le français. À l’époque, ce choix dénote par rapport à ses camarades qui préfèrent le chinois ou le japonais en LV2 car ce sont les langues des pays voisins. La langue française lui a permis de se rapprocher de la culture européenne occidentale qui le passionne depuis tout petit.
« J’ai découvert très tôt cette culture grâce à ma mère qui est sonneuse amatrice de mandoline1, se souvient-il. Et lorsque j’étais enfant je m’intéressais déjà beaucoup à la mythologie grecque et romaine. »

Tout naturellement, le Sud-Coréen a donc décidé d’étudier le français et la linguistique en première année de fac à l’Université Hankuk des études étrangères à Séoul. C’est là qu'il a découvert le breton. « En observant une carte des langues minoritaires et des dialectes en France, j’ai été frappé de constater l’existence d’autres langues que le français dans l’Hexagone, comme le basque, l’occitan, le provençal ou encore le corse, confie-t-il. En Corée, il n’existe que quelques dialectes ! » Le breton a retenu tout particulièrement l’attention de Seongwoo Kang qui depuis l’adolescence écoute de la musique écossaise et se fascine pour la culture celtique2 qui y est associée.

« J'ai donc décidé de partir en Bretagne. Je suis arrivé à Brest le 13 août 2018, c’était dépaysant ! À Séoul, les bâtiments sont nombreux et très hauts, tout l’inverse des villes finistériennes », raconte-t-il dans un français fluide. En 2020, il obtient haut la main une licence de breton celtique.

Aujourd'hui, à 23 ans, il poursuit sa deuxième année de Master3, toujours à Brest. Quatre ans après son arrivée, son enthousiasme pour la langue bretonne reste intact ! Cela, en plus de sa détermination et la qualité de son travail, lui vaut de se faire remarquer parmi ses pairs.

Mémoire de recherche

Pour preuve, il a rédigé l’an passé un mémoire, pourtant non obligatoire, sur la syntaxe du bas-vannetais4 tout au long du 20e siècle... couronné par un 18/20 ! « Dans le cadre de cette recherche, j’ai mené un travail de néophilologie : je me suis basé sur des écrits anciens et des enregistrements sonores du 20e siècle pour tenter d’identifier les particularités syntaxiques de ce dialecte. » En parallèle de son Master, Seongwoo Kang souhaite commencer à rédiger quelques articles sur la phonétique ou la littérature bretonne. Il essaye également de trouver des financements pour entreprendre l’année prochaine une thèse sur la prosodie5 de la langue bretonne. Chañs vat deoc'h6, Seongwoo Kang !

 

PAULE-ÉMILIE RUY

1. Instrument originaire d’Italie et répandu à partir du 18e siècle en Europe.
2. Lire “La Bretagne : une terre celtique ?”, Sciences Ouest n°400, juin-août 2022.
3. Mention Civilisations, cultures et sociétés (option breton).
4. Un dialecte parlé à Vannes.
5. Les sons, rythmes et mélodies.
6. Bonne continuation

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