Trois Bretonnes à l’honneur

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N° 403 - Publié le 2 novembre 2022
STEPHANE JUMET / JEAN-CHARLES CASLOT
Élodie Calvez, Mégane Bournissou et Delphine Leclerc (de gauche à droite) ont reçu un prix international pour leurs recherches.

Les travaux de 35 jeunes chercheuses viennent d’être récompensés par la fondation L’Oréal et par l’Unesco. Parmi elles, trois Bretonnes s’intéressent à la biologie et aux mathématiques.

Elle est encore loin, la parité. En France, seulement 28 % des chercheurs sont des femmes. C’est pour les faire connaître et inspirer les scientifiques de demain que le prix international L’Oréal-Unesco “Pour les femmes et la science” a été créé. Cette année, trois Bretonnes ont été primées dans la catégorie “jeunes talents” : Élodie Calvez, Delphine Leclerc et Mégane Bournissou.

Élodie Calvez a grandi dans le Finistère et est passée par l’Université de Bretagne Occidentale. Elle étudie l’influence de la nutrition de certains moustiques sur leur développement. Ce qui pourrait lui permettre de les élever au laboratoire dans des conditions proches de la nature. « Ainsi nous pourrons mieux comprendre comment ils transmettent des virus comme la dengue, le Zika ou le Chikungunya », résume-t-elle.
Delphine Leclerc mène également des travaux pour améliorer la santé humaine. Durant sa thèse, réalisée à l’Université de Rennes 1, elle a montré que les outils d’édition du génomepouvaient être efficaces pour traiter une maladie rare : la gangliosidose. « L’idée est d’aller “corriger” les mutations néfastes directement au cœur des cellules des patients. J’ai prouvé que cela fonctionne in vitro, ce qui ouvre la voie à d’éventuels essais thérapeutiques », explique-t-elle.
De son côté, Mégane Bournissou étudie les mathématiques fondamentales. Son objectif ? Pousser jusqu’à leurs limites des équations utilisées par les physiciens. Elle a notamment exploré, durant sa thèse à l’École normale supérieure de Rennes, l’équation de Schrödinger qui est un outil indispensable en mécanique quantique.

Dépasser le plafond de verre

Lorsqu’elles évoquent leurs parcours, ces jeunes scientifiques ne rapportent pas de discriminations directes liées à leur genre. « Ayant évolué au sein de laboratoires dirigés par des femmes brillantes, j’ai même eu d’excellents modèles ! » se réjouit Élodie Calvez. Mais les barrières peuvent être plus insidieuses... « Face à mes collègues, majoritairement masculins, j’ai eu tendance à m’autocensurer sur certains aspects de mon travail », estime Delphine Leclerc. « J’ai longtemps ressenti le syndrome de l’imposteur2, et j’ai réalisé que beaucoup de mes étudiantes l’éprouvent », constate pour sa part Mégane Bournissou.

Pour leur carrière

Toutes trois entendent mettre à profit leur dotation3 pour développer leur carrière. « J’espère présenter mes travaux dans la conférence la plus prestigieuse de mon domaine qui se déroule aux États-Unis et visiter les meilleurs laboratoires pour mon prochain post-doctorat », prévoit Delphine Leclerc. De plus, les formations en communication et en management qui accompagnent le prix leur permettront de mieux dépasser le plafond de verre. « Les femmes doivent davantage accéder à des postes de direction car la diversité des parcours et des expé-riences est une force », conclut Mégane Bournissou.

HUGO LEROUX

1. Comme les “ciseaux moléculaires” CRISPR-Cas9.
2. Qui se traduit par un doute permanent à l'égard de sa propre valeur, notamment professionnelle.
3. Entre 15 000 et 20 000 euros.

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