Gravir des sommets pour sensibiliser au cancer
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Pierre-Guillaume Poureau, oncologue à Brest, a préparé et accompagné des patients dans l’ascension du pic de l’Étendard pour sensibiliser aux cancers digestifs.
« L’activité physique diminue la fatigue et aide à mieux tolérer les chimiothérapies pour lutter contre le cancer. En effet, les patients qui pratiquent une activité sportive ont un meilleur pronostic et semblent mieux vivre les traitements. » Fort de ce constat, Pierre-Guillaume Poureau, oncologue au CHRU de Brest, a fondé en janvier l’association “Étendard du cancer digestif” pour réaliser des ascensions avec des personnes atteintes ou en rémission de cancers digestifs.
À l’origine de ce projet un peu fou, une conversation avec un patient. « Je lui ai raconté mon séjour en montagne à mon retour de vacances, l’été 2020. Il m’a dit qu’il possédait un chalet dans le coin du pic de l’Étendard et m’a expliqué avoir fait un jour la randonnée qui y mène mais s’être arrêté aux pieds du glacier. Il ne se sentait pas capable de le gravir », se remémore l’oncologue. Cela a été l’élément déclencheur.
Dans les Alpes
À la suite de cet échange, Pierre-Guillaume Poureau s’inspire de l’association “À chacun son Everest”, fondée par l’alpiniste et médecin Christine Janin, qui propose des séjours en montagne pour les enfants ayant souffert d’une leucémie ou les femmes atteintes d’un cancer du sein. L’idée d’emmener des patients en montagne fait alors son petit bout de chemin… Et en juillet dernier le rêve se concrétise : le médecin militaire a gravi avec trois de ses patients le pic de l’Étendard, situé dans le massif des Grandes Rousses dans les Alpes.
Deux mois d’entraînement
Malgré le mal des montagnes, tous ont relevé ce défi qui a nécessité plus d’une quinzaine d’heures de marche étalée sur deux jours et deux mois d’entraînement. Car avant de leur proposer de gravir le pic de l’Étendard, l’équipe hospitalière a pris le soin de sélectionner les patients selon leur âge, leur forme générale, leur appétence à marcher et sur la base d’une épreuve d’effort. Il s’en est suivi pour les heureux volontaires deux mois de musculation, cardio, relaxation et projection mentale pour partir en toute sécurité et le cœur léger !
Outre aider les patients à se dépasser, l’ascension du pic de l’Étendard a permis un coup de projecteur sur les cancers digestifs qui sont ô combien variés et fréquents. « Ils touchent tous les organes du tube digestif, comme l’estomac, le côlon et l’intestin grêle. Le cancer du côlon constitue la deuxième cause de décès dû au cancer par an1 en France. Pourtant, on en parle moins que celui de la prostate ou du sein », déplore le médecin. Le manque de connaissances de la population à l’égard des cancers digestifs se traduit par un faible suivi du dépistage… En effet, seules 30 % des personnes âgées de plus de 50 ans réalisent une analyse bi-annuelle et gratuite de leurs selles2. Grâce à son association, Pierre-Guillaume Poureau aura également réussi à montrer l’importance de l’activité physique comme outil thérapeutique dans le traitement contre le cancer. En attendant la prochaine ascension avec ses patients l’été prochain, le médecin garde ses crampons et piolets sous la main, toujours prêt à s’évader dans les montagnes.
1. Soit 17 000 décès.
2. Pour rechercher du sang occulte.
Pierre-Guillaume Poureau
etendardducancerdigestif@gmail.com
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