Il pilote des rovers à plus de 70 millions de km

Mars : Tout reste à découvrir

N° 401 - Publié le 28 juillet 2022
THOMAS LOUAPRE / DIVERGENCE
Nicolas Mangold, géologue à Nantes, travaille au sein de l'équipe internationale qui décide chaque jour des opérations menées par Perseverance et Curiosity sur Mars.

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Nicolas Mangold fait partie de l’équipe de planification des opérations de terrain des rovers martiens. Comment procède-t-il ?

Il est presque 16 h lorsque Nicolas Mangold, géologue au Laboratoire de planétologie et géosciences à Nantes, se connecte pour une réunion consacrée aux activités de Perseverance et de Curiosity. La planification des journées de ces deux robots, à la recherche de traces de vie sur Mars, mobilise chaque jour entre 70 et 100 chercheurs et ingénieurs dans le monde pendant 7 à 9 heures, excepté les week-ends.

« Le pilotage de ces rovers se déroule un peu comme un jeu en réseau où chaque équipe dresse un rapport journalier de ses activités : évolution de la gestion des données, santé des instruments, évaluation des dernières données acquises... En fonction des résultats, nous décidons des prochaines opérations. »

Une liaison rapide

Heureusement, la liaison avec Mars est rapide. « Une quinzaine de minutes est nécessaire pour assurer le transfert des données depuis les sondes spatiales en orbite autour de Mars jusqu’au DSN1, un réseau de trois stations terriennes équipées de radiotélescopes appartenant à la Nasa. Le traitement automatique des données prend ensuite une demi-heure. » En général, tout se passe bien et chaque jour Perseverance et Curiosity envoient leurs données. « Mais il nous est déjà arrivé de perdre la liaison à cause d’une tempête de neige près des antennes sur Terre ! »

À partir des informations reçues, les scientifiques planifient la suite des aventures la veille pour le lendemain. Au sein de ce comité de pilotage, Nicolas Mangold a un rôle bien particulier : il fait partie des dix personnes chargées de la planification à long terme. Et en tant que géologue, il a l’œil ! Il sait repérer les roches à forer pour collecter les meilleurs échantillons. « Perseverance et Curiosity sont limités en termes de puissance, de temps et de stockage des données. Notre rôle est de prioriser leurs tâches. » En ce moment, Perseverance remonte le delta du cratère Jezero2.

« Certains jours, il ne fait que se déplacer sans rien prélever. » Car, malgré une espérance de vie de 80 ans, ses batteries alimentées en plutonium ont une recharge assez lente. « La seule chose que Perseverance fait obligatoirement, c’est prendre des photos pour nous aider dans la prise de décision. »

Une certaine liberté

Si Curiosity dispose après dix ans de service d’une certaine liberté dans le choix de ses explorations, ce n’est pas encore le cas de Perseverance. « Tous les objectifs sont déjà fixés pour les trois prochaines années : nous savons ce que le robot doit faire et à quel moment. » Ce planning contraignant peut être frustrant. « Certains chercheurs aimeraient qu’on dévie un peu la trajectoire pour observer d’autres zones d’intérêt secondaire, qui scientifiquement sont très pertinentes. » Il est souvent minuit passé lorsque les discussions terriennes se terminent… De leur côté, les robots sont prêts pour une nouvelle journée.

Marie Hilary

1. Deep space network.
2. D’un diamètre de 49 km, il est situé dans le quadrangle de Syrtis Major.

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