À la conquête des tourbillons !
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À bord du Marion Dufresne, des océanographes brestois ont étudié des courants marins circulaires très puissants dans l’océan Indien.
« Les tourbillons se déplacent et évoluent continuellement ; ils ne sont pas toujours au rendez-vous lorsqu’on veut les étudier. Nous sommes donc partis à leur recherche ! » Du 19 avril au 24 mai dernier, l’océanographe1 brestois Pierrick Penven a eu la chance d’embarquer à bord du Marion Dufresne pour approcher les fameux tourbillons de l’océan Indien. Les mesures effectuées lors de la campagne2 révèlent déjà des informations sur ces courants marins circulaires.
1 à 2 mètres par seconde
Ceux de l’hémisphère sud, dont les anneaux du canal du Mozambique, sont anticycloniques car ils tournent dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. En leur sein, l’eau se déplace à environ 1 à 2 m par seconde. Plus encore, ces larges tourbillons, parfois de 200 km de diamètre peuvent se manifester jusqu’à 2 km de profondeur ! Au-delà de leurs dimensions XXL, ils sont essentiels à la vie marine : ils permettent la suspension dans l’eau de nutriments et du phytoplancton qui deviennent alors plus accessibles aux poissons, oiseaux et mammifères marins. C’est une oasis de vie dans l’immensité de l’océan ! Mais avec le changement climatique, l’intensité de ces fronts devrait varier, affectant toute la faune et la flore qui en dépendent.
La mission de Pierrick Penven est justement de comprendre le devenir des tourbillons. Ceux qu’il étudie se forment dans la partie nord du canal du Mozambique et se déplacent vers le sud pour s’éteindre près du courant des Aiguilles. « C’est un des courants les plus forts au monde : son débit est de 75 000 000 m³/s soit 150 fois celui de l’Amazone, explique le scientifique. Malgré tout, nous avons dû le longer à bord du Marion Dufresne pour suivre ses mouvements en temps réel. »
Localiser les tourbillons
Dans un premier temps, l’océanographe et son équipe ont localisé les tourbillons grâce à des données satellitaires3. Une fois repérés, la chasse a été ouverte. « Nous les avons suivis au coude à coude, cela a nécessité d’ajuster régulièrement notre cap », se rappelle Pierrick Penven. Équipé de courantomètres sur sa coque, le navire de recherche a également pris des mesures en continu. « Nous avons aussi utilisé un moving vessel profiler4 : c’est un instrument remorqué à l’arrière du bateau qui mesure la température, la chlorophylle5 présente dans l’eau et la salinité jusqu’à 300 m de profondeur. »
Toutes les données glanées lors de cette campagne sont toujours en cours d’analyse. Cependant, quelques résultats émergent petit à petit. Par exemple, les anneaux du canal du Mozambique s’enfoncent jusqu’à 1 km de profondeur. Au final, les scientifiques devraient en apprendre davantage sur la physique des tourbillons mais aussi sur le courant des Aiguilles. « Ce dernier contribue à réguler le climat planétaire en apportant depuis le canal du Mozambique des eaux chaudes et salées vers l’Atlantique Sud. » Pour le moment aucune autre mission n’est prévue ; le chercheur a la tête dans les modèles !
1. De l’Institut de recherche et de développement et basé à l’Institut universitaire européen de la mer à Brest.
2. Intitulée “Résilience”.
3. Qui informent sur la hauteur d’eau, la température ou la concentration en chlorophylle.
4. Pour profileur mobile.
5. Qui témoigne de la présence de micro-algues.
Pierrick Penven
pierrick.penven@ird.fr
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