Barzaz Breiz, une œuvre à l’origine d’un mythe

N° 400 - Publié le 30 mai 2022
COLL. F. POSTIC
Théodore Hersart de La Villemarqué à 30 ans transcrivant une chanson. Gravure par Ernest Boyer, demi-frère du poète Brizeux, 1845.

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Composé de chants, cet ouvrage du 19e siècle glorifie un peuple breton révolté et proche de sa culture celtique ancestrale. Une image qui perdure.

Tri Yann, Gilles Servat, Alan Stivell. Ces trois grands noms de la chanson bretonne n'y ont pas résisté. Chacun a repris La Mort de Pontcallec, un chant traditionnel issu du Barzaz Breiz. Et pour cause, cette œuvre du 19e siècle réalisée par Théodore Hersart de La Villemarqué a traversé le temps au point d’être un incontournable de la culture régionale. Elle est à l’origine du mythe moderne et bien ancré d’un peuple breton farouche et révolté, façonné par ses origines celtiques. Nelly Blanchard, professeure en littérature au CRBC1 à Brest, a étudié l’histoire de cet ouvrage2.

Face au modernisme

Dans les années 1830, l’auteur parcourt la Bretagne pour compiler les chants bretons qui se propagent jusqu’alors seulement à l’oral. Mais son but n’est pas de créer un simple et fidèle répertoire musical. « Théodore Hersart de La Villemarqué est très conservateur. Il souhaite avant tout montrer que le peuple breton résiste aux changements de son époque, marquée par un vent d’industrialisation et une baisse du sentiment religieux », raconte Nelly Blanchard. Le collecteur laisse ainsi de côté les histoires comiques ou satiriques, et écrit le Barzaz Breiz en rassemblant des chants historiques ou liés à la religion. Le paysan y est représenté comme héroïque. Les chanteurs populaires sont comparés aux bardes celtiques, et les prêtres rapprochés des druides. Pour parvenir à ce résultat, Théodore Hersart de La Villemarqué n’hésite pas à modifier lui-même certains vers des textes collectés.

Une première édition du livre est tirée à 500 exemplaires en 1839. Le succès est immédiat. Les rééditions s’enchaînent… mais cette réussite se mesure surtout chez les érudits parisiens. « L’auteur ne s’adresse pas aux Bretons : la population est alors majoritairement analphabète. Son ouvrage, qui contient une traduction française des chants, cible les élites friandes du folklore rural. » À peine deux ans plus tard, il est traduit en allemand. Des versions anglaise, espagnole et japonaise suivront. Il faudra attendre le 20e siècle pour que la population bretonne s’en empare, d’abord par le biais de militants régionalistes. Le Barzaz Breiz devient alors un grand symbole de résistance. « Tout comme la bible, nombreuses sont les personnes à le posséder sans forcément le lire. »

Le domaine artistique s’inspire de ces récits pour peindre des éléments surnaturels dans la vie des Bretons. Mais c’est surtout via la musique que le Barzaz Breiz trouve un écho au-delà des cercles militants. « Cette tendance se poursuit encore aujourd’hui, même si cela ne concerne pas tous les chants de l’ouvrage. Seuls quatre ou cinq, liés à des thématiques guerrières, sont souvent réinterprétés. » Et après plus de 180 ans d'existence, nul doute que les reprises du Barzaz Breiz ont encore de beaux jours devant elles !

BENJAMIN ROBERT

1. Centre de recherche bretonne et celtique, à l'Université de Bretagne Occidentale.
2. Elle a notamment écrit Barzaz Breiz : une fiction pour s'inventer (Presses universitaires de Rennes, 2006).

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