Le gaspillage alimentaire passé à la loupe

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N° 400 - Publié le 30 mai 2022
MATHIEU LE GALL
Des morceaux de fruits et légumes sont prélevés afin d'identifier les micro-organismes responsables de leur altération.

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Deux laboratoires brestois se sont associés pour étudier le gaspillage des fruits et légumes chez les particuliers. L’heure est au premier bilan.

Nous le savons tous, il faut en manger au moins cinq par jour ! Pourtant, les fruits et légumes frais sont les aliments les plus gaspillés chez les particuliers1. Pour comprendre les raisons de ce gâchis, des chercheurs du Lego2 et du Lubem3 à Brest unissent leurs forces autour du projet Foodrest depuis plus d’un an. Ils viennent d’analyser les pratiques de 50 foyers.

Hygiène du réfrigérateur

Durant plusieurs mois, les volontaires ont dû mettre leurs fruits et légumes dans une poubelle à part. En moyenne, 1 kg par personne et par mois était jeté. En parallèle, les chercheurs se sont rendus dans les foyers afin de réaliser des prélèvements microbiologiques dans les différents lieux de stockage des aliments. « Nous avons établi que plus le bac à légumes du réfrigérateur contient de bactéries, plus les fruits et légumes sont jetés. La mauvaise hygiène du frigo expliquerait donc une partie du gaspillage, indique Adeline Picot, microbiologiste. Nous avons également remarqué que l’environnement sec d’une corbeille à fruits limite le développement des bactéries. » Pour aller plus loin, les participants ont prélevé un petit morceau de chaque fruit jeté et l’ont conservé au congélateur. « Une fois les sachets récupérés, nous analysons ces échantillons au laboratoire pour identifier les potentiels micro-organismes responsables des altérations. Connaître leur nature pourrait nous permettre de remonter à l’origine de la contamination, et savoir si elle vient du foyer ou survient plus en amont dans la chaîne de distribution ou de production. »

Les chercheurs ont également interrogé les particuliers sur leurs habitudes alimentaires. Il faut dire que les différences entre les foyers sont parfois abyssales ! « Des personnes jettent les bananes quand d’autres commencent tout juste à les manger », remarque Charlotte Veron, qui réalise sa thèse dans le cadre de Foodrest.

Sentiment de culpabilité

Les consommateurs ont presque tous un sentiment de culpabilité après avoir mis à la poubelle un fruit ou un légume. Et cela pour quatre raisons principales : l’argent dépensé, la personne démunie qui aurait pu s’en nourrir, le travail vain du producteur et les ressources planétaires gâchées. Selon la doctorante, cette culpabilité ne suffirait pas à réduire le gaspillage car nous la surmontons par différents biais. « Certains font du compost et se rassurent parce que le fruit retourne à la terre. D’autres, plus ou moins consciemment, laissent l’aliment se dégrader fortement. Ce dernier perdrait ainsi de sa valeur aux yeux du consommateur, qui le jetterait ensuite sans s’en vouloir. » Grâce à une deuxième série d’entretiens, Charlotte Veron va justement étudier les critères qui donnent cette valeur à un fruit ou un légume. Son coût ? Sa provenance ? Sa rareté ? Ou encore un potentiel label bio ? Affaire à suivre !

BENJAMIN ROBERT

1. Selon une enquête de YouGov, les fruits et légumes représentent 42 % du gaspillage alimentaire.
2. Laboratoire d’économie et de gestion de l’ouest.
3. Laboratoire universitaire de biodiversité et écologie microbienne.

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