Les réponses techniques ne suffiront pas

La solution est dans les champs

N° 399 - Publié le 28 avril 2022
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Face aux algues vertes, les plans de lutte se multiplient. Pour autant, sans changement radical des pratiques agricoles, les améliorations resteront marginales.

Cela fait déjà 12 ans ! Le premier plan de lutte contre les algues vertes (PLAV) a vu le jour en 2010. Sept ans plus tard, un deuxième cycle a été lancé et vient de se terminer. « Ils reposaient en grande partie sur des solutions techniques comme restreindre l'épandage, ou semer des couverts végétaux afin que les plantes captent les nitrates et limitent leur fuite vers les cours d’eau. Mais ces initiatives ne peuvent pas à elles seules stopper la prolifération des marées vertes », souligne Nathalie Hervé-Fournereau, chercheuse CNRS en droit de l'environnement à l’Université de Rennes 1. Alors qu’un troisième PLAV1 se profile, une question s’impose : comment le rendre plus efficace que les précédents ?

Un effort collectif

Utiliser moins de nitrates sera toujours plus opérant que d’essayer de limiter en aval leur diffusion dans les sols. La logique serait d’appliquer un contrôle strict de leurs usages sur les parcelles. « Or il s’avère que les services de l’État dédiés à cette tâche ont vu leurs effectifs fondre de 30 % en dix ans. » Sans surveillance possible, il faut alors réussir à convaincre le plus d’acteurs possible de l’importance de réduire les intrants azotés. « Les efforts d’un agriculteur sont inutiles si ses voisins ne sont pas impliqués dans la même démarche », expose Alexandra Langlais, également chercheuse CNRS en droit de l'environnement à l’Université de Rennes 1. De son côté, elle plaide pour attribuer des primes qui valorisent, non pas un agriculteur pour son action sur sa parcelle, mais plutôt un effort collectif à l'échelle d’un territoire. Et ces financements peuvent être publics, mais aussi privés ! « Dans l’une des aires où l’entreprise Vittel captait de l’eau2, elle devait financer de coûteux dispositifs industriels pour la dénitrifier, raconte Alexandra Langlais. Finalement, cela leur a coûté moins cher de racheter les terres agricoles aux alentours, puis de rémunérer les agriculteurs pour qu’ils utilisent moins d’intrants. Sur le principe, tout le monde y gagne. »

Valeur environnementale

Aujourd’hui, la plupart des agriculteurs travaillent pour des filières agricoles qui imposent des volumes de production… sans rétribution pour la valeur environnementale de leur pratique. « La version de la PAC3 prévue pour 2023 l’envisage, poursuit Alexandra Langlais. Ce changement pourrait mener à impliquer toute la filière, dont les coopératives agricoles et industries agro-alimentaires, dans les prochains PLAV. » La nouvelle PAC devrait aussi accorder plus de marges de manœuvre aux acteurs locaux. « Une bonne chose pour que les caractéristiques de chaque territoire, comme la présence d’eaux souterraines ou la géologie des sols, soient prises en compte dans les futures réglementations. »

BENJAMIN ROBERT

1. Prévu pour 2022, jusqu'en 2027.
2. Destinée à la consommation.
3. Politique agricole commune mise en place à l'échelle de l'Union européenne.

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