En Bretagne, bientôt un climat méditerranéen ?

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N° 399 - Publié le 28 avril 2022
THIERRY RYO / ADOBE STOCK

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Une étude rennaise retrace et prédit l’évolution du climat en France. Dans l’Ouest, les étés deviendront de plus en plus arides.

Plus que trois ans. C’est la ligne rouge que le Giec1 vient de fixer. En 2025, les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) devront cesser d’augmenter si nous voulons restreindre le réchauffement climatique à 1,5 °C. « Pour l’instant, ce n’est malheureusement pas la trajectoire que nous prenons. Avec les mesures actuelles, nos émissions augmenteront même après 2030 », regrette le climatologue Jean Jouzel2. Pour illustrer ce qui nous attend, Vincent Dubreuil, géographe climatologue à l’Université Rennes 2, a réalisé des cartes de France qui montrent l’évolution du climat entre 1950 et 2100.

Des changements déjà perceptibles

Après avoir réuni les données de 40 stations météorologiques, le chercheur s’est basé sur trois critères : la température, la répartition des pluies dans l’année et l’intensité des saisons estivales et hivernales. Le climat breton est caractérisé par un milieu tempéré, sans été sec ni hiver froid. Mais entre 1988 et 2017, l’augmentation des températures a d’ores et déjà fait basculer Rennes dans un climat charentais ! Et si les émissions de GES continuent d'augmenter à ce rythme, la Bretagne connaîtra des épisodes de sécheresse la plupart des étés avant 2100. Elles entraîneront notamment un manque d’eau récurrent. « Nous avons déjà enregistré des périodes sèches, mais elles restent rares pour l’instant. Leur multiplication ferait passer la région dans un climat aujourd’hui caractéristique du milieu méditerranéen », explique Vincent Dubreuil. La Bretagne ne va pas pour autant se transformer en Côte d’Azur. D’abord parce que ces résultats ne prennent pas en compte des éléments comme le vent ou la fréquence des événements extrêmes3. Mais surtout, la végétation diffère entre les régions. « Avec la rapidité du changement climatique en cours, les forêts bretonnes n’auront pas le temps de s’adapter à ces conditions et dépériront. »

ILLUSTRATION REALISEE A PARTIR DES DONNEES DE VINCENT DUBREUIL.

Modifier les comportements

Heureusement, d’autres scénarios sont possibles. En baissant d’ici peu les émissions de GES et en les stabilisant à un faible niveau avant la fin du siècle, Rennes aurait un climat proche de l’actuel. Pour y parvenir, il faut agir : le Giec prône dans son dernier rapport la fermeture anticipée d’installations de charbon, pétrole et gaz. Les scientifiques mettent aussi l’accent sur le déploiement d’énergies renouvelables, devenues plus accessibles4. Mais Jean Jouzel insiste : « Le développement de technologies ne suffira pas. Il faut que les comportements évoluent vers plus de sobriété, notamment au niveau des transports ». Le compte à rebours est maintenant lancé.

BENJAMIN ROBERT

1. Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat.
2. Membre de l'Académie des sciences et ancien vice-président du groupe de travail sur les bases physiques du changement climatique au sein du Giec.
3. Ouragans, sécheresses, méga-feux etc.
4. Depuis 2010, le coût des panneaux solaires a baissé de 85 % et celui des éoliennes de 55 %.

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